pour la Petite Fabrique d'Ecriture
Métier
une vie d'un travail pas très dur d'évidence
car je suis toujours là sans raison à pleurer
je réussis parfois à trop bien me leurrer
je n’ai pas enduré l'indicible souffrance
mon métier m'a donné beaucoup de jouissance
même si j'ai souvent semblé peu rassuré
le maître qui doutait mais savait inspirer
des élèves vaillants et plein de déférence
alors que manque-t-il à ma vie maintenant
ardent je ne suis plus à instruire un enfant
je peux le regretter les flammes sont éteintes
bien que je l'aie nié j'aimais ma profession
si je l'ai dénigrée pour de sottes contraintes
j'en respecte à jamais l'attachante mission
On ne fait pas, dit-on, de la bonne littérature avec de bons sentiments !
je ne cherche pas à faire de la bonne littérature...
surtout quand il s'agit de nostalgie,
nostalgie d'un temps où il n'y avait que rarement la nécessité de vraiment sévir dans les écoles...
mais ou personne n'hésitait à sévir...
ni à récompenser d'ailleurs !
où nous avions la foi...
On croyait au travail, on croyait à l'effort...
Ô mânes de celui, grand homme de progrès, qui avait osé dire "il faut apprendre difficilement les choses
faciles"
pauvres hussards noirs de la république, aimés de Péguy et de Pagnol, sacrifiés d'abord en
14-18...
et les successeurs peu à peu éliminés depuis par les technocraties imbéciles.
On croyait à l'apprentissage sans concessions,
on croyait au Métier,
on croyait au mérite.
il y avait les classements
il y avait la distribution des prix
il y avait le tableau d'honneur
nous n'avions pas peur du mot "sélection"... nous n'en parlions jamais.
mais on savait aussi s'occuper des laissés pour compte de la société
on ne promettait pas de distribuer à tout le monde un diplôme mythique, une peau d'âne, un simple laisser-passer pour
partir, sans provisions, vers n'importe où faire n'importe quoi...
vers un disneyland illusoire et cruel.
il fallait le gagner
c'est ainsi que tant d'élèves ont bâti leur palais
car nous avons parfois pu faire ce qu'il fallait au bon moment.
et c'était notre but
aider à construire,
construire et ce faisant se construire...
Si je tenais les responsables irresponsables qui ont gâché ce potentiel et tant d'espérances...
et ont fait pour beaucoup du Métier, pour les plus jeunes, les débutants, toujours exilés, et sans aide
réelle, une véritable galère...
Qui sont-ils ces prédateurs?
où sont-ils ces démolisseurs prétentieux?
sous les lambris dorés des palais républicains ?
pontifiant dans quelque Académie ?
expérimentant et vieillissant tranquilles dans les utopies criminelles...
Excusez, je m'égare... simple licence plus ou moins poétique...
Il s'agit d'un texte en partie écrit il y a trois ans, que j'ai revu et replacé dans une nouvelle perspective, celle "cette Cathédrale, la vôtre, chef-d'œuvre réel ou rêvé" que l'on essaye de bâtir tout au long d'une vie
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