
J'ai rédigé ce petit texte il y a quelque temps...
Une histoire vraie.
récemment le petit écran présentait un film d'Yves Boisset, L'Affaire Salengro
Ce ne sont ni les personnages historiques ni le contexte politique qui m'intéressent ici...
Je n'y vois qu'un homme se débattant désespérément dans des filets dont il ne pourra jamais se libérer...
Bien sûr, il y a un Maître qui a écrit sur un sujet un peu semblable et infiniment mieux que moi...
Relisez donc le conte de Guy de Maupassant "La ficelle"...
Fabien, un modeste employé, avait réussi à devenir maire d’une petite commune...
On disait en général de lui que c'était un brave homme. Apparemment bon vivant, jouisseur, chaleureux, "grande gueule", sympathique... vu de loin... Comme beaucoup de ces méridionaux, grands buveurs de pastis, de gnole... amateurs de corridas (pas de l'élégante bouvine, mais de l'autre, l'orgie sanglante, admirateurs du "travail" des picadors), de chasse, de pétanque, de foot et de prostituées... et éventuellement de torgnoles pour bobonne, de coups de pied au cul pour les gosses... Et bien sûr se disant de gauche. Avec ça d'un racisme particulièrement féroce et stupide mais qu'il savait dissimuler pour la bonne cause... Grand ami et agent électoral du député du coin... de la même vague couleur évidemment.
Une caricature ? non, la triste réalité... Le soleil est souvent un "cache-misère". Misère intellectuelle des véritables voyous. La honte dans un paysage riant... La haine sous un aspect bon enfant et généreux...
Histoire politique ? Je n'y suis pour rien, je n'invente rien. Il jouissait naturellement d’une certaine notoriété dans les environs. On le craignait ; personne n’osait lui faire le moindre reproche ; on le flattait en toute occasion.
Jacques, un de "ses" conseillers municipaux, après avoir beaucoup réfléchi, fatigué d'assister à des magouilles dignes d'un Topaze analphabète décida de quitter la majorité et de rejoindre l’opposition (de droite, disaient les imbéciles qui n'y connaissaient absolument rien et se gargarisaient de mots et de vagues notions puisés dans les médias...) Fabien l'avait entraîné, bien malgré lui dans une galère qu'il supportait de plus en plus difficilement... Pas question de démissionner car en quelques rares occasions il avait l'impression de faire oeuvre utile.
"Traître", "fasciste" (peu de monde savait dans le village ce que cela voulait dire exactement et certainement pas ce gros balourd de Fabien...) Jacques avait commis un crime de lèse-majesté... En réalité, la politique ne l'avait jamais vraiment intéressé.
Les deux hommes travaillaient dans la même entreprise.
Fabien qui, entre autres défauts se révélait incompétent dans son boulot (mais intouchable, bien sûr), bizarrement, s’était vu confier une tâche assez importante qu’il repoussait depuis longtemps et était incapable de mener à bien, un compte-rendu à remettre très vite, sans aucune possibilité de retarder encore l’échéance… Sa vantardise l'avait mis en mauvaise posture.
D’habitude Jacques l’aidait.
Fabien, dans ce contexte très tendu n’osa pas aller jusqu'à demander à son ancien "nègre" de lui apporter son aide… Coincé, il ourdit un véritable complot. Il avait l'intelligence de la méchanceté. Soutenu par quelques collègues sous influence, il imagina un scénario qui fonctionna à merveille : il prétendit avoir rédigé le rapport et constaté ensuite la disparition de ce document.
La rivalité entre les deux hommes était désormais connue de tout le monde, même des responsables
de l'entreprise... Jacques, personnage jusque là assez effacé, que l'on croyait distant, n'inspirait
guère la sympathie.
Certains "témoins" affirmèrent qu’ils avaient vu Jacques emporter ce qui ressemblait à un dossier. Ils n’étaient pas intervenus car, dirent-ils, ils en ignoraient la nature...
L'enquête fut bâclée et l'on ne retrouva rien… mais la calomnie avait accompli son oeuvre...
Jacques eut beau protester, nier, il perdit son emploi… Peu nombreux furent ceux qui, convaincus de son honnêteté et de sa bonne foi en cette affaire, osèrent aller ouvertement à l'encontre de l'opinion quasi-générale. De timides protestations restèrent sans effet.
L'affaire était entendue.
Isolé, désespéré, il mit fin à ses jours.
Fabien fut comblé, honoré, Dieu merci… Il resta employé et maire.
Et pour tout le village ce fut le silence et l'oubli....
Allégorie de la Renommée - Nancy
Qui est le plus coupable dans ce cas précis de Fabien
ou de ceux qui hurlent avec les loups ???
Car sans eux le stratagème de Fabien aurait été vite éventé !
Fabien est une ordure machiavélique à son échelle.
Mais les autres ?????
Des lâches à la solde d'un baronnet mégalo, sans qui Jacques ne se serait suicidé.
Quels sont les vrais coupables ????
Gros bisous mon grand et bonnne soirée
c'est la bonne question, ma Clo
à mon avis les complices, même "passifs" sont aussi coupables que l'auteur du crime lui-même...
le lâcheté est malheureusement la règle générale dans bien des milieux,
comme dans celui de ces "notables" locaux...
et il y en a tant de ces histoires sordides dont on n'entend même pas parler...
gros bisous bisous
jean-marie
le harcèlement moral au travail (et domestique) ...
un sujet que j'ai lu (sinon vécu...) dans le livre M.France Hirigoyen -
un très beau texte Jean-Marie pour nous raconter ton "'histoire vraie" !
bonsoir, ma chère Melly
merci pour tes mots gentils
oui, cet ouvrage traite un sujet très proche
ici, il y a aussi la force de la rumeur et l'indifférence des gens
bonne nuità toi
gros bisous
jean-marie
Bonsoir Jean-Marie. C'est un très beau texte qui sent le vécu. Je me méfie toujours des "grandes gueules", ceux qui parlent beaucoup et brassent beaucoup de vent, et j'en connais beaucoup... Bonne soirée et bisous
bonsoir, ma chère Brigitte,
c'est une histoire vraie
vrais aussi tous les à-côtés, l'ambiance, et, comme tu le dis, ces "grandes gueules" vaniteux et lâches
gros bisous bisous
bien à toi
jean-marie
Edifiant et révoltant, ya pas d'autre mot !!! bisous enragés
bonsoir, ma chère Cath,
révoltant, c'est vrai
le malheur c'est que souvent les gens sont blasés,
ils ne réagissent plus devant de telles atteintes à l'honnêteté, à la dignité
contre lesquelles il est si difficile de lutter
le silence, la passivité devant la rumeur...
bonne soirée
gros bisous bisous
jean-marie
monde du travail, monde de la politique, des affaires, des arts, le travail, la compétence et l'honnêteté sont si mal récompensés!
je viens de terminer un bouquin qui ne m'a pas plu du tout; impressionnée par le nombre de bouquins que cette femme avait déjà publiés, je vais voir sur le net et je découvre une ravissante jeune femme, d'origine bourgeoise, qui n'a même pas terminé ses études littéraires! curieuse, je fouine encore et je découvre qu'elle avait été la maîtrese de PPDA! Voilà ce que sont les hommes depuis la nuit des temps et c'est pareil dans le monde de la recherche où pas mal de résultats sont truqués pour pouvoir publier et se faire un nom, alors que les chercheurs honnêtes sont coincés dans les tours de Jussieu pas encore desamiantées!!
c'est à désespérer!
bises Jean-Marie et bonne journée
bonjour, ma chère Aza,
ton commentaire est très intéressant
je crois en effet que tous les milieux sont touchés pas ces problèmes
les exemples de malhonnnêteté, de tricherie, de calomnie ne manquent pas
comme ceux de harcèlement
et de gens victimes de la rumeur...
gros bisous bisous
jean-marie
J'aime beaucoup ta prose!
Tu devrais nous écrire plus souvent des nouvelles!
Celle-ci, basée comme tu le dis, sur une histoire vraie décrit bien la jungle que représente parfois le monde du travail - surtout lorque la politique et la lutte pour le pouvoir s'en mêlent....
On imagine bien le piège se resserrer sur la victime, l'angoisse de celle-ci, l'absence d'issue possible, et.... l'avalanche des créanciers, la peur de la rue, la perte de confiance, la terreur du lendemain etc etc.... Malheureusement, nombreux sont ceux qui vivent de tels drames!!!!!
Quel désastre!
Jean Marie, merci de leur redonner la parole et merci pour ce texte magnifique!
Bizzzzzzzzz argentines!
bonjour, ma Chère Maedes,
merci beaucoup
je suis très touché par tes mots.
c'est une histoire cruelle
mais comme tu le dis, c'est une réalité quotidienne pour tant de gens...
et il est difficile de s'en rendre pas compte tant qu'on n'est pas touché directement.
les persécuteurs savent entretenir la rumeur !
sur le net, on parle de "buzz" mais le danger est aussi là, je crois
je suis trop pessimiste peut-être...
bisous bisous
jean-marie
bonjour et merci de ta visite, chère Louise...
je trouve ton mot de fable très juste
une fable à plusieurs niveaux...
au départ une mésaventure personnelle (infiniment moins grave que celle que je raconte... puisque je suis toujours là !), l'histoire vraie de l'article, c'est celle, historique, de Roger Salengro et le conte de Maupassant qui m'a depuis toujours bouleversé...
Ces récits pour moi ont une même "morale"...
l'écrasement de l'individu...
je suis si content de ta visite...
bise amicale,
jean-marie
J'aime ton écriture fluide, on visualise très bien les scènes, l'ambiance qui y règne et... elle n'est pas des plus éclatante. Ce Fabien à l'art du mensonge, de la persécussion, de la méchanceté.
Pauvre Jacques il n'a pas résisté à ce harcèlement moral, il a préféré disparaître.
Aujourd'hui, dans des faits divers on peut lire le suicide d'employés, ou des dépressions pour cause d'harcèlement. Il ne faut pas oublier que l'on passe minimum huit heures au travail et on peut comprendre que dans certains contextes, on baisse les bras.
Bonsoir,chère Loula...
je te remercie de ta visite et de tes mots
C'est la première "brève de nouvelle" que j'ai écrite et elle m'avait été inspiré par un fait divers réel...
Tu as tout à fait raison, en définitive ce genre de persécution n'est pas rare même si ça ne se termine pas toujours de façon aussi tragique
bises amicales
jean-marie
Bonjour mon J.M,
Quand l'on pense que ce que tu décris si bien (et qui n'est autre, littérairement parlant, qu'une nouvelle "in média res") est chose courante dans le rapport hiérarchie-personnel, cela donne le "bourdon".
Le harcèlement moral peut détruire vraiment un individu.... Quand, à cela, vient s'ajouter le mensonge et l'incrimination, les conséquences s'en peuvent devenir désastreuses.
Le suicide des employés, dépressions nerveuses, pressions, deviennent un phénomène presque banal en regard de notre société, et il n'est pas si moindre que l'on veut bien nous le laisser entendre. Pourquoi ? Parce les suites et conséquences ne sont pas toutes médiatisées.....
Je t'embrasse bien amicalement,
P'tite catalane, Jyckie.
PS : il est normal que tu ne voies pas tes commentaires s'afficher car je les modère, et ne les mets en ligne qu'après les avoir lus. Tu comprends ? (sourire)
ma très chère Jyckie,
j'attendais avec impatience des réactions à cette histoire (vraie, je le répète, et à moi confiée par un des acteurs repentis sous le sceau du secret) et je suis comblé tu as su en tirer la "morale", la "substantifique moelle" que je n'ai pas voulu développer et que je n'aurais certainement pas su exposer aussi bien.
je t'embrasse amicalement...
bien à toi
j'm