
Il n'y a pas très longtemps, je vous avais promis de rechercher d'autres histoires et légendes sur Lunel-en-Languedoc...
Voici, cette fois, avec la caution d'Edmond Rostand...
"la légende des Pescalunes" : A Lunel, tout proche de Sommières, à la limite du Gard et de l’Hérault, au bord du Vidourle dont on parle
tant encore, on appelle les habitants les Pescalunes et des liens très étroits unissent cette ville et les poètes.
Henri de Bornier était l’un deux, membre de l’Académie Française (1825-1901). Elu à son fauteuil Edmond Rostand fit ainsi son éloge dans son discours de réception.
« Messieurs, savez-vous ce que c’est que la pêche à la lune ? C’est un genre de pêche qui se pratique à Lunel. Je croyais voir, sur les bords du Vidourle, arriver à pas furtifs tout un peuple de pêcheurs nocturnes, porteurs d’étranges éperviers. La lune luit dans l’eau. Les filets tombent, elle disparaît…Oh ! la jolie pêche ! Quelquefois peut-être, en s’y prenant bien doucement, arrive-t-on à voir cette dorade palpiter et luire à travers les mailles, mais au moment qu’on veut la tirer à soi, elle glisse en arrière, s’échappe, s’allonge dans les rides du clapotis, et ne reparaît ironique et ronde, que lorsque l’eau est redevenue lisse. Messieurs, vous avez compris que les gens de Lunel sont des poètes : Ils pêchent la lune. C’est la plus belle pèche du monde car c’est la seule qui ne puisse jamais se faire en eau trouble.
On peut raconter différemment :
« Ninon, une jeune fille de Lunel, aimait Albin. Albin aimait Ninon… mais leurs parents ne voulaient pas entendre parler de ce mariage
car Albin était d’origine juive. On sait que la présence des juifs à Lunel est attestée depuis au moins le XIème siècle. On trouve ici la célèbre dynastie des Tibbonides de Lunel. Juifs venus de
la proche Espagne, fuyant les califats ? ou juifs venus de Jéricho – ville de la lune- et qui auraient fondé la ville de Lunel sous l’empereur Vespasien... La première interprétation semble la
plus plausible.
Il advint que le baron Gaucelms, seigneur et maître des lieux avait donné une fête. A l’issue des festivités, tard dans la nuit, le baron ivre-mort fit un affreux cauchemar. La lune, vaincue par
le soleil, venait d’être chassée du ciel pour toujours. C’était peut-être parce qu’en ce mois de mars ou se passait la fête il avait fait très beau... Affolé, il se précipita en pleine nuit dans
la rue. Il y rencontra les deux jeunes gens. – qui s’étaient attardés, sans doute parce qu’ils avaient beaucoup de choses à se dire... Albin, pour le rassurer, lui affirma qu’il venait de
voir la lune au beau milieu de l’eau, dans le canal... Las le baron comprit qu’elle s’y noyait. A grand vacarme, il mobilisa la population, qui s’en fut tenter de repêcher la lune, à l’aide d’un
panier au bout du fil d’une canne à pêche… Curieusement, l’astre disparaissait chaque fois que l’on jetait dans l’eau la corbeille. Le rabbin de Lunel, qui protégeait les deux jeunes gens, eut
alors une idée brillante : il déclara que seul le mariage de Ninon et d’Albin permettrait à l’astre de regagner sa place. Les parents, devant la pression populaire, durent vite donner leur accord
avant que la lune ne se noie. Alors Albin, leva les yeux au ciel et entama une longue incantation, et l’astre s’éleva peu à peu dans le ciel, laissant à Lunel et à ses habitants, un souvenir et
une bien belle légende.
Lunel, lieu prédestiné pour les poètes ? Vous voulez d’autres preuves ? l’arrière-petit-fils de Victor Hugo qui a si bien chanté la
lune, Jean Hugo, est venu vivre une partie de sa vie à Lunel. Peintre, écrivain et décorateur, le parc municipal porte son nom. Et Louis Abric, Majoral du félibrige, un des chantres de notre
belle langue avec Frédéric Mistral, était un important représentant de cette Ecole de Lunel."
extrait des écrits de Jean Mignot le 18/02/2007
texte intégral dans ce blog :
http://lunel.midiblogs.com/archive/2007/02/19/le-pescalune-de-miesmo.html
et dans celui-ci vous trouverez de belles réalisations graphiques :
http://miesmo.midiblogs.com/
Je vous avais bien dit que Lunel était une ville accueillante, la tradition remonte fort loin, ses Seigneurs ne l'étaient pas moins,
même et surtout quand ils abusaient des bons vins du coin...
"le canal" dont il est question ici n'est bien sûr pas le canal du Midi mais certainement la petite voie d'eau qui subsiste aujourd'hui.... Il faut savoir en effet que jusqu'en 1942 ou 43, bien
qu'étant à une dizaine de kilomètres de la mer, Lunel était un port, un vrai, avec ses quais et ses bateaux de pêche qui, à l'occasion, transportaient du sel et du vin (au fait connaissez-vous le
Muscat de Lunel qui est bien supérieur à d'autres plus célèbres ?). Cette activité portuaire étant tombée en désuétude le port fut fermé et comblé par l'armée allemande d'occupation et le
canal devint un simple "pluvial". Aujourd'hui, à l'emplacement des quais, il y a un parking (le parking du canal, tout bêtement)... De temps à autre, il est question de réhabilitation du
canal, domaine actuel des canards, des ragondins et des carpes...
Les Seigneurs de Lunel n'ayant pas d'héritier, la ville fut rattachée au royaume de France sous le règne de Philippe IV le Bel... L'histoire de Lunel et la vie des Lunellois en sont
profondément bouleversées...
De ce passé il reste aujourd'hui, en plus du canal... le nom de l'église paroissiale : Notre Dame du Lac, mais point de lac...
Il reste aussi la lune dans les armoiries de Lunel mais c'est une autre Histoire...
Blason repris des armoiries des barons de Gaucelms, seigneurs de Lunel