
(essai pour une fable érotico-onirique)
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Le bateau poussé par la tempête
s’est brisé sur les rochers au-dessus des débris apparaissent les têtes de quelques survivants treize jeunes filles et sept gars tous à peu près du même âge La marée leur permet de regagner la côte le petit matin les surprend incrédules, tremblants de peur de froid car ils sont peu vêtus des restes de la nuit courtes chemises pour les filles maillots pour les garçons certains portant chandails et pantalons marins, déchirés lamentables l’un d’eux a sauvé un carabine l’autre a pris une épée Dans le soleil tout change soudain ils ne ressentent plus le froid mystérieusement le froid et la peur disparaissent la joie d’être vivants ils ne sont plus eux-mêmes ils ont dans la tête une musique entraînante qui accompagne le soleil dans sa course ils se prennent par la main et la chaîne s’élance ils murmurent ils chantent évohé Isis évohé Le passé le présent se confondent ils sont aujourd’hui et hier et demain il n’y a plus de compte des jours Ils dansent en avançant ils ne quittent pas le bord de mer ils veulent contempler le tableau changeant de la fureur qui a failli les engloutir ils ont oublié ceux qu’ils ont laissés parmi les planches et les poutres ils n’ont plus faim ni soif ont-ils le sentiment de l’immortalité ? Le temps est aboli spectacle émouvant tendre Qui les voit au crépuscule croit voir le paradis et ne voit que sa mort, et s’éteint peu après |
Ce sont les nouveaux pastoureaux
c’est le grand retour de la croisade des enfants moins sanglante que la précédente mais leur bonheur sème la mort la mort sans la terreur la mort par le bonheur Tout le jour marche et danse quand vient la nuit cachés dans un buisson dénudés ils s’entassent la masse recouverte des modestes haillons qui subsistent encore nul mortel ne doit voir la fête du plaisir La confusion y règne mais la loi n’est qu’un mot jouissance De la bouche féminine les lèvres se referment sur un pénis dressé avalant goulûment la sève enfantine Un autre sexe mâle déverse sa semence dans un proche vagin ouvert comme la fleur sucrée qui attend l’abeille humide et chaud L’orgasme ne finit point en un râle sinistre partout de doux murmures des doigts légers caressent lentement la pointe d’un beau sein. La langue fait frémir les sens exacerbés chatouille joliment un clitoris gonflé La bouche se nourrit des divines liqueurs Dans cette obscurité complice n’y aurait-il parfois des erreurs d’aiguillage ? la beauté est imberbe et la douceur la même Les filles ont parfois la vague nostalgie de leurs fonctions sacrées regrettant un instant les menstrues disparues… évanescent feu follet de la maternité mais ce n’est qu’un éclair Qu’arrive-t-il au monde ce serait simple et beau retrouver comme eux le paradis perdu sur la terre ? dans un ciel incertain ? évohé Isis évohé |