
J'avais déjà publié ce texte...
Le monde du spectacle, du cinéma surtout a été durement touché ces jours-ci... Serrault, Bergman, Antonioni...
Roberto Alagna dont je viens de parler est bien vivant mais je pense fréquemment à un chanteur de variétés de grand talent, excellent musicien, disparu depuis de nombreuses années et
que j'ai beaucoup aimé, Joe Dassin...
Et que l'on ne vienne pas me reprocher pas de mélanger les genres...
Salut, Joe
Il y a longtemps que je voulais te parler...
Pourquoi aujourd'hui plutôt qu'un autre jour ?
Pourquoi pas...
Si je te tutoies c'est d'abord
parce que ton souvenir m'est cher,
parce que tu aurais aujourd'hui l'âge que j'ai aujourd'hui,
parce que j'apprécie de plus en plus ce que tu nous a laissé,
parce que je sais combien nous manque ce que tu as oublié
de nous laisser en partant si tôt,
parce que notre bateau prend l'eau chaque jour un peu plus,
parce que je vois la pauvreté,
la quasi-nullité du milieu que tu avais réussi à éclairer.
Les musiques à vomir sur des paroles de haine,
de pitoyables pantins poussés dans l'arène
par des bonimenteurs sans conscience.
Parce que ton père avait été victime du maccarthysme
des intellos auraient aimé
que tu deviennes un missionnaire,
leur commissionnaire…
Ils n’ont jamais pardonné ton abstention…
Excuse-moi : abstention est un mot injuste
Tu as pris la vie à bras le corps et tu l’as chantée
Magnifiquement.
Puisque tu avais fait de solides études universitaires,
ils comptaient t’exploiter...
Dans une émission
dont j’ai pieusement conservé la mémoire
on t’a dit à peu près ceci :
- Avec le bagage intellectuel que vous avez,
vos chansons pourraient voler plus haut…
Ta réponse, tes répliques sont des modèles :
- Je ne comprends pas ce que ça veut dire
voler plus haut, célébrer un obscurantisme
plutôt qu’un autre, ça ne m’intéresse pas...
...Ce n’est pas parce que quelqu’un a acquis une notoriété
dans une activité artistique
que son opinion politique
a plus d’importance que celle d’un autre…
...Si j’avais une recette pour corriger
toutes les injustices du monde,
je ne serais pas chanteur
mais homme politique.
Cette recette, je ne l’ai pas.
Et tu as chanté « ça va pas changer le monde ».
ce n’est qu’un titre.
Ta belle chanson
parle d’autre chose
mais ce titre je le vois
comme une gifle
à tous les cuistres,
les prêcheurs de solidarité
de pacotille…
les vendeurs
de bon cœur.
les auto-proclamés
maîtres à penser…
Merci, Joe