
Et des gens sans importance
oubliés dans les sombres recoins de la Grande Histoire...
Elles arrivèrent un jour, comme des milliers d'autres, dans une de ces petites villes du midi d'un pays déchiré...
Elles venaient du nord mais à leur teint mat et leurs cheveux noirs, on devinait sans peine qu'elles n'étaient pas originaires de là-haut...
La fillette avait une douzaine d'années et il était impossible de donner un âge à la mère... ou la grand-mère. Toujours vêtues de sombre elles ne parlaient à personne et quand elles le faisaient,
les gens du cru n'y comprenaient rien ou faisaient semblant...
C'était beaucoup plus facile.
La mairie leur attribua un logement obscur dans une ruelle sordide et quelques bons pour la soupe populaire.
Elles survécurent, isolées au milieu d'une population hostile et dans la crainte permanente de se voir privées du peu qu'elles avaient réussir à obtenir.
Les bonnes soeurs du couvent proche s'occupèrent d'elles quelque temps, d'abord de façon assidue, puis beaucoup moins régulièrement quand elles constatèrent qu'il était impossible d'en faire de
bonnes et dociles paroissiennes mais elles ne les abandonnèrent jamais totalement.
Bizarrement, les deux femmes ne furent pas inquiétées par les troupes d'occupation...
Il faut dire que ces troupes, dans cette contrée relativement tranquille, n'étaient guère reluisantes... des enrôlés de force dans l'armée triomphante, venant pour la plupart de pays
lointains récemment conquis, parqués dans des établissements scolaires et qu'il n'était pas rare de voir mendier un peu de nourriture dans les rues de la ville. Les officiers dans leurs hôtels
particuliers ne s'occupaient guère d'eux et les méprisaient... comme on méprise des mercenaires et des bourreaux occasionnels.
Ils étaient en effet parfois amenés à fusiller certains de leurs camarades qui avaient essayé de s'enfuir dans la campagne environnante et rattrapés le plus souvent par des groupes auxiliaires,
un peu désoeuvrés car un début de résistance mit très longtemps à s'organiser dans la région.
Certaines rumeurs prétendaient que ces exécutions sommaires constituaient d'ailleurs un spectacle fort prisé des quelques rares notables, des édiles particulièrement
serviles, des médecins, des magistrats et leurs proches, admis à tour de rôle à y assister.
Nos deux réfugiées apprirent vite à se méfier bien plus des hommes au béret décoré d'un insigne ou arborant un vague brassard, que des soldats dépenaillés...
La vieille était de plus en plus décrépite, courbée et sa santé déclinait. Les bonnes gens prétendaient qu'elle buvait... Mais qu'aurait-elle pu boire ? Avec quel argent aurait-elle pu se
procurer un alcool quelconque ? La rumeur décide seule...
La petite avait grandi, embelli. Elle était fort mignonne et paraissait bien plus âgée qu'elle n'était en réalité...
Les jeunes gens qui l'apercevaient commençaient à s'intéresser à elle.
Puis vinrent des temps plus troublés encore.
La ville et les environs n'étaient plus très sûrs.
Des gens en armes, avec ou sans uniforme parcouraient les rues du bourg. Certains paradaient, protégés par la proximité des troupes plus fraîches des grandes villes voisines, d'autres
se faufilaient, se cachaient, faisaient leur coup et disparaissaient.
Comment la jeune fille fit-elle la connaissance d'un de ces jeunes de passage ?
A quel camp appartenait-il ? l'histoire ne le dit pas. Peut-être l'aida-t-elle à se cacher alors qu'il cherchait à fuir ?
Toujours est-il qu'ils se revirent, qu'ils se rencontèrent de plus en plus fréquemment, allant se promener longuement dans des endroits qu'ils croyaient tranquilles.
La petite restait farouche.
Le jeune homme devenait de plus en plus entreprenant.
Elle ne cédait pas.
Au cours d'une balade, à une heure où ils auraient dû être rentrés depuis longtemps, ils se virent entourés par une bande armée. La plupart portaient des uniformes. Tous étaient ivres de vin et
d'un pouvoir sans contrôle.
Il essaya d'expliquer sa situation mais personne ne voulut l'écouter et il fut immédiatement abattu.
La jeune fille tenta vainement de s'enfuir. Rapidement rattrapée elle fut violée, atrocement torturée et laissée pour morte. Mais l'agonie fut longue. La mort est patiente.
La vieille ne la voyant pas rentrer essaya d'alerter les autorités, mais d'autorités il n'y avait plus.
Pas question d'arganiser la moindre recherche.
Personne ne voulut entendre son désespoir.
On la déclara folle et on l'enferma à l'asile le plus proche.
Profondément triste, et révoltant, mais ce n'est malheureusement pas une fiction...
ce n'est pas une fiction...
j'étais jeune en ces années sombres
mais des anecdotes cruelles, j'en ai entendu tellement dans ma petite ville...
on ne peut oublier certains faits...
bisous amicaux
jean-marie
bizou
j'y vais !
j'y cours !
j'y vole !
gros bizoux bizoux
jmm
bizou et à de suite :)
merci de ta visite toute en sourire
bon dimanche
gros bizoux bizoux
bien à toi
jmm
Elle laisse un goût amer d'indifférence, d'abus du pouvoir et du choc des mentalités..et la larme à l'oeil au lecteur, force de constater à quel point la femme restera le jouet des hommes vils...dont la vie dépend trop souvent.
Cette vérité détient la pointe acérée.... et le coeur en saigne !
Grosses bises amicales mon J.M.
Tite Jyckie.
Tu me fais un plaisir immense en te penchant sur ce texte et en me complimentant.
Je m'efforce de respecter les règles que tu m'as apprises dans ce genre et qu'en définitive j'apprécie de plus en plus... Je n'y suis pas très "productif" car c'est un exercice difficile mais tellement prenant.
J'en prépare une autre, un peu moins dramatique.
je t'embrasse très amicalement
bien à toi j'm
chacun pour soi et chacun pour sa peu la pitié et la morale attendra les beaux jours ?
salut a Jean Marie ;-)
tu as bien vu l'essentiel... la vie des gens sous tous ses aspects. La pitié, la morale n'en font pas automatiquement partie...
amicalement à toi
jean-marie
je n'ai pas trop voulu "dater" ce texte... mais je n'ai pas davantage voulu donner une leçon. Je raconte simplement et je suis très heureux que tu en aies bien vu l'essentiel.
bises amicales
jean-marie