
Mais Clio, le style entre les doigts, attend, postée au coin du coffre brillant,
Clio, le greffier de l’âme, pareille à celle qui tient les comptes...
Ecris, Clio ! confère à toute chose le caractère authentique. Point de pensée
Que notre opacité personnelle ne réserve le moyen de circonscrire
O observatrice, ô guide, ô inscriptrice de notre ombre !
Paul CLAUDEL extrait de la première des Cinq Grandes Odes
Une autre histoire du 21 janvier...
J'ai déjà publié cette histoire... que celles et ceux qui l'on déjà lue veuillent bien me
pardonner...
Je l'ai découverte il y a fort lontemps dans la rubrique "faits insolites" d'un quotidien.
Elle était présenté comme véridique...
Les faits se déroulèrent aux Etats-Unis et, à l'époque, la narration de tout ce qui venait de là-bas était toujours accompagnée d'un moue dubitative, d'un haussement d'épaule ou d'une
sentence définitive du genre "ils sont fous ces Americains"...
Je raconte, j'écris mes souvenirs de lecture, je n'invente rien...
Il s'agissait d'un homme très riche, très instruit, véritablement amoureux de l'Histoire de France et bizarrement de la personnalité du
Roi Louis XVI...
Il s'en était expliqué auprès de ses parents et amis.
Ce Roi, disait-il, était très progressiste...
Le peu qu'il avait eu le temps d'accomplir lui paraissait significatif : interdiction du trafic d'esclaves sur les terres du Roi, les colonies, bien entendu... interdiction de la
"Question", cette cruelle torture légale autant qu'inutile... et tentative, hélas un peu velléitaire, de suppression de la peine de mort...
De plus, pour un citoyen des Etats-Unis, l'engagement personnel du Roi en faveur de la libération des provinces d'outre-Atlantique du joug de l'impérialisme anglais était un puissant
argument.
Entrait aussi dans les dispositions favorables de notre Americain le goût du souverain pour les sciences et les techniques, ce qui complétait dans son esprit un tableau largement
positif...
Notre homme avait poussé la passion jusqu'à acheter une guillotine d'époque, en état de marche et bien entretenue, il l'avait installée dans une pièce spéciale de la maison, transformée en
véritable chapelle du souvenir. Profitant peut-être même de sa crédulité, le vendeur lui avait-il garanti qu'il s'agissait de celle qui avait été utilisée pour l'exécution de son héros. Il
l'avait laissé d'ailleurs entendre à l'un de ses proches...
La pièce contenait de nombreux documents, fort bien mis en valeur.
Chaque année, le 21 janvier, notre personnage organisait une cérémonie.
Dans le grand salon il rassemblait famille et serviteurs et prononçait l'éloge du Roi.
Il se retirait ensuite, seul, dans la pièce transformée en ce curieux musée, il se recueillait et priait...
Mais cette prière, qui durait assez longtemps se déroulait dans le cadre d'un rituel assez sinistre. En effet, pendant cette méditation notre homme s'agenouillait et passait sa tête
dans la lunette, cette encoche située juste au-dessous du lourd couperet.
Cette année-là, les participants à la commémoration trouvèrent que la retraite du maître durait plus longtemps que d'habitude.
Il fallut forcer la serrure.
Tout le monde resta figé d'horreur devant le spectacle... une énorme mare de sang et le corps décapité de leur hôte...
Clio détail de "L'Allégorie
de la Peinture par Vermeer
1666
Née, comme ses huit sœurs, les Muses, de l'union de Zeus et Mnémosyne, la Muse de l'Histoire porte une couronne de laurier.
Elle tient dans la main droite une trompette, pour proclamer les hauts faits, une cithare, pour chanter les exploits d’un héros, ou encore une clepsydre, emblème de l’ordre chronologique des
événements.
Elle se tient debout ou assise, lisant un rouleau de papier ou se penchant vers une pile de livres. Son nom vient d’un mot grec qui signifie fêter, célébrer pour chanter la gloire des guerriers
et la renommée d’un peuple.