La traversée de la passion
Jean M. Malouriès
petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours...
Suite de l'article Matabiau 64
Octobre 64...
Douze jours plus tard, gare Matabiau très tôt...
Bien reposé mais le coeur un peu serré, le jeune soldat s'apprête à monter dans le train qui doit le ramener à Albi pour affronter le Conseil de Réforme...
Il regarde craintivement autour de lui et c'est l'horreur !
D'autres militaires arrivent et il se rend compte que tous ont revêtu la tenue d'hiver en gros drap kaki...
Madame de G... dont tout le monde connaît la tyrannie qu'elle exerce sur son Général de mari et par voie de conséquence sur toute la IVéme Région
Militaire qu'il dirige en principe, Madame la Générale, donc, a ressenti les premières atteintes du froid et exigé le changement d'uniforme pour tous les trouffions et officiers du territoire
administré par son époux, fort brave homme au demeurant, paraît-il...
Et notre ami a l'impression d'être plus nu encore qu'à son arrivée...
Le cauchemar !
Il rase les wagons, s'image être la risée de tout le monde...
Il parvient tout de même à pénétrer sans encombre dans un compartiment, se réfugie dans un coin, se fait tout petit et ne bouge plus...
Arrivé à la gare d'Albi, nouvelle catastrophe !
Devant le bâtiment la jeep de la Police Militaire... la terrible PM !
Alertés par la tenue peu réglementaire et l'attitude hésitante du jeune homme, les militaires l'interpellent... Il parvient à peine à bafouiller quelques explications mais ses papiers confirment
ses dires et prouvent sa bonne foi...
Il est embarqué à l'arrière du véhicule et c'est dans cet équipage qu'il arrive à la caserne...
Un sergent-chef qui lui avait manifesté quelque sympathie le prend en charge et lui décrit brièvement ce qui l'attend le lendemain. Il accompagne notre ami jusqu'à son armoire et constate avec
lui qu'il ne reste plus grand-chose à l'intérieur... même le casque léger a disparu. Le sous-officier ne s'affole pas et annonce la couleur, il s'agit d'un simple vol et ça n'a rien d'étonnant...
mais il faut trouver une grande tenue pour se présenter devant le Conseil de Réforme. Il conseille au jeune d'emprunter les vêtements manquant auprès de ses camarades qui passeront, eux, leur
journée en treillis...
L'emprunt se fait facilement... la veste est un peu longue mais ça ira...
La nuit est agitée et le sommeil ne vient pas vite...
Le matin le voit attendant dans un couloir en compagnie de deux autres appelés dans la même situation que lui...
Il a pris la précaution de mettre une bonne quantité de coton dans ses oreilles...
En effet, des collègues plus ou moins bien intentionnés lui ont parlé d'un piège possible : alors qu'il aura tourné le dos pour sortir de la pièce, un des assesseurs l'appellera à voix
basse... s'il répond, il est cuit... il n'est qu'un vulgaire fraudeur...
Une trouille supplémentaire...
Une stupidité...d'autant plus qu'il ne triche pas.
Les toubibs militaires de l'hôpital Larrey de Toulouse qui l'ont examiné sont fort loin d'avoir une réputation de joyeux plaisantins...
Une porte s'ouvre en face de lui et on lui dit d'entrer.
Il s'avance, tremblant, vers la table derrière laquelle siègent quelques officiers.
Personne ne le regarde vraiment. Le personnage central (le Président ?) lit rapidement un document, le signe, le fait passer à son voisin et en saisit un autre.
Notre ami reste immobile... Il a la surprise de voir venir se ranger à ses côtés un des jeunes qui attendaient dans le couloir. Le Président étonné de le voir encore là lui fait de la main signe
de s'en aller, ce qu'il s'empresse de faire.
Libre !
Encore quelques formalités... restituer les vêtements empruntés, récupérer ses effets civils qui heureusement n'ont pas intéressé les voleurs, retirer son livret militaire mentionnant sa
nouvelle catégorie et rendre le paquetage... qu'il n'a plus...
Au magasin le préposé, un appelé proche de la "quille", commence à râler mais notre réformé n'est pas disposé à accepter les récriminations d'un abruti zélé. Il n'a plus rien à faire du
réglement. Il essaie d'expliquer puis sa colère éclate. Il crie plus fort que l'autre et se fait menaçant. Les copains qui l'accompagnent calment le jeu.
L'armée, généreuse lui paie le voyage de retour...
Et lui laisse même en cadeau les chaussures de sortie, en réalité assez peu élégantes...
En route pour Matabiau et la Ville Rose...
L'adieu aux armes
La vraie vie peut commencer...
Rêvons, si nous le pouvons...
Walt Whitman
Feuilles d'herbe
H.P. Lovecraft
The ancient
track
Rainer-Maria Rilke
Solitude
Omar Kayyam
Rubayat
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