la vida es un sueño...

petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours...





Surtout, si vous le surprenez en pleine préparation, si vous le voyez partir avec ses cannes en fibres de carbone, ses moulinets ultra-sophistiqués, ses appâts époustouflants... ne lui souhaitez pas bonne pêche !
Il vous maudira  car paraît-il ça porte malheur.
C'est la bredouille assurée !

 


 



dites-lui simplement m... et il sera content.

Ce jour-là, je ne lui avais pas souhaité bonne pêche et pourtant...
A huit heures du matin, il fait très beau, un soupçon de vent marin... pardon de "légères entrées maritimes"... mon voisin affectionne en effet (et utilise très approximativement en fait)  le langage météorologique de "ses amis" de l'observatoire du Mont-Aigoual
Patrick me dit "Je vais à Port-Camargue. On va aller pêcher en bateau... le plus grand, tu sais celui du copain Michel qui a la Marina... avec lui et Jean-Pierre, son fils "
Chez nous, quand on ne possède pas, quand on ne sait pas... on est très fier de prétendre connaître des gens qui possèdent ou qui savent...
On est apparemment très généreux dans notre midi...
Trêve de plaisanterie, il est chouette mon voisin. Je l'adore !
Vers midi et demi (faut quand même pas louper l'heure du pastis chez le voisin, moi en l'occurence), je vois revenir mon Patrick la tête basse et la mine sinistre...
D'avance je compatis. Une bredouille de plus ? pas grave, on a l'habitude.
"Non, pas du tout ! qu'il s'insurge dès que je l'interroge... on a fait une très bonne pêche...
-Ah, bon, dis-je finement, attendant la suite, l'air dubitatif
-Ouais, on en a pris au moins une quinzaine de kilos : deux pageots, un marbret, une daurade et des  loups, petits... mais "à la maille"
Je m'esbaudis mais je fais l'étonné... car d'habitude, aussitôt arrivé il me met le panier sous le nez... aujourd'hui, rien...
"et ils sont où tes poissons ? le copain a tout gardé ?
- Mais non, tu vas voir..."
et il me raconte...
"Trois heures de pêche, tout va bien, la mer est calme et ça mord pas mal...
tu sais qu'on met, au fur et à mesure, les poissons dans le long filet qui pend du bastingage et plonge dans l'eau. Comme ça, on les  garde vivants le plus longtemps possible... plus ils sont frais, meilleurs ils sont"
Je sais... depuis longtemps je connais le refrain.
"Il commence à faire chaud.
On décide de rentrer. Je prends les commandes, c'est un vrai plaisir de conduire un engin pareil... et je fonce, crois-moi...
mais tout à coup, j'ai un doute... je demande "oh,dis donc, Michel, tu as remonté le filet ?
- Non mais j'ai dit à Jean-Pierre de le faire...
je deviens pâle... je hurle
"oh, Pierrot, t'as remonté le filet ?
Non, c'est papa qui l'a fait ! "
Pas besoin d'aller constater la catastrophe !
Nom de Dieu, tu vois pourquoi y a pas de poissons ?"

Et vous, vous comprenez pourquoi le pastis a eu ce jour-là un goût amer.

Les seuls heureux dans l'histoire ? peut-être les poissons s'ils ont  pu se libérer du filet déchiré...

 




 

par Lambert Palis communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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