Travailler à éliminer la haine sous toutes ses formes quel que soit son camp...
Que ceux qui sont contre lèvent le doigt !
pas le poing !
tout est bon, l'émotion, la dérision...
mais je ne serai jamais pour autant du genre "tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil..."




 

 


Dans ce monde borné de quel entre deux guerres
Où ceux qui font les lois les troussaient par derrière
Nous n'avions que cinq ans du pains sec au dessert
Pour cinq lettres de trop ou un pet de travers
On nous disait tu vois c'est la croix que Grand-Père
A gagné au Chemin des Dames et nos grands frères
Abandonnant le bleu pour un kaki douteux
Cocufiaient Madelon dans les bras de Marlène
Une fois l'an nous allions voir entre père et mère
La victoire en chantant nous ouvrir la barrière
Et nous nous en allions en suçant des bonbons
Jouer du revolver à deux sous le bouchon.


Et je me souviens, la petite juive
Elle me disait viens
Elle était jolie
On faisait des bêtises
Où on ne faisait rien
Elle s'appelait Lise
Et je m'en souviens


Dans ce monde truqué de quelle drôle de guerre
Tout ceux qui font le front le bradait à l'arrière
Nous n'avions que dix ans et dans nos gibecières
Une histoire de France qui tombait en poussière
On nous a fait courir, traverser des rivières
Sur des ponts d'Avignon qui dansaient à l'envers
Ça tirait par devant, ça poussait par derrière
Les plus pressés n'étaient pas les moins militaires
On nous a fait chanter pour un ordre nouveau
D'étranges Marseillaises de petite vertu
Qui usaient de la France comme d'un rince cul
Et s'envoyaient en l'air aux portes des ghettos


Et je me souviens, la petite juive
On lui a dit viens
Elle était jolie
Elle a fait sa valise
Un baiser de la main
Elle s'appelait Lise
Il n'en reste rien


Dans ce monde mort-né d'avant quelle autre guerre
Le Japon blessé lèche encore son cancer
Dans ce monde septique où ceux qui ont la foi
Ne savent plus si Dieu est devant ou derrière
Dans ce monde d'argent où la banque surnage
Comme une poisson ventru qui attend le naufrage
Nous n'avons que trente ans sainte horreur de la guerre
Et pourtant nous n'avons pas cessé de la faire
On nous a fait marner de Djébel en rizières
De Karib en Sylla, de cuvettes en civières
Comme si nous n'avions pas autre chose à faire
Qu'à montrer nos fesses aux quatre coins de la terre


Et je me souviens la petite Juive
Elle me disait viens
Elle était jolie
On faisait des bêtises
Où on ne faisait rien
Elle s'appelait Lise
Et je m'en souviens.

 

~~~~~~~~~~

 

 








La belle qui couchait avec le roi de Prusse
Avec le roi de Prusse
A qui l'on a tondu le crâne rasibus
Le crâne rasibus

Son penchant prononcé pour les " ich liebe dich ",
Pour les " ich liebe dich "
Lui valut de porter quelques cheveux postich's
Quelques cheveux postich's

Les braves sans-culott's et les bonnets phrygiens
Et les bonnets phrygiens
Ont livre sa crinière à un tondeur de chiens
A un tondeur de chiens

J'aurais dû prendre un peu parti pour sa toison
Parti pour sa toison
J'aurais dû dire un mot pour sauver son chignon
Pour sauver son chignon

Mais je n'ai pas bougé du fond de ma torpeur
Du fond de ma torpeur
Les coupeurs de cheveux en quatre m'ont fait peur
En quatre m'ont fait peur

Quand, pire qu'une brosse, elle eut été tondue
Elle eut été tondue
J'ai dit : " C'est malheureux, ces accroch'-cœur perdus
Ces accroch'-cœur perdus "

Et, ramassant l'un d'eux qui traînait dans l'ornière
Qui traînait dans l'ornière
Je l'ai, comme une fleur, mis à ma boutonnière
Mis à ma boutonnière

En me voyant partir arborant mon toupet
Arborant mon toupet
Tous ces coupeurs de natt's m'ont pris pour un suspect
M'ont pris pour un suspect

Comme de la patrie je ne mérite guère
Je ne mérite guère
J'ai pas la Croix d'honneur, j'ai pas la croix de guerre
J'ai pas la croix de guerre

Et je n'en souffre pas avec trop de rigueur
Avec trop de rigueur
J'ai ma rosette à moi: c'est un accroche-cœur
C'est un accroche-cœur


~~~~~~~~~~


Et  Brassens a écrit aussi "Les deux oncles" dont Philippe Val qui s'est illustré récemment en lourdant Siné a osé écrire  :
"A mon sens, il a fait une chanson de trop : Les Deux Oncles..."








C'était l'oncle Martin, c'était l'oncle Gaston
L'un aimait les Tommies, l'autre aimait les Teutons
Chacun, pour ses amis, tous les deux ils sont morts
Moi, qui n'aimais personne, eh bien ! je vis encor

Maintenant, chers tontons, que les temps ont coulé
Que vos veuves de guerre ont enfin convolé
Que l'on a requinqué, dans le ciel de Verdun
Les étoiles ternies du maréchal Pétain

Maintenant que vos controverses se sont tues
Qu'on s'est bien partagé les cordes des pendus
Maintenant que John Bull nous boude, maintenant
Que c'en est fini des querelles d'Allemand

Que vos fill's et vos fils vont, la main dans la main
Faire l'amour ensemble et l'Europ' de demain
Qu'ils se soucient de vos batailles presque autant
Que l'on se souciait des guerres de Cent Ans

On peut vous l'avouer, maintenant, chers tontons
Vous l'ami les Tommies, vous l'ami des Teutons
Que, de vos vérités, vos contrevérités
Tout le monde s'en fiche à l'unanimité

De vos épurations, vos collaborations
Vos abominations et vos désolations
De vos plats de choucroute et vos tasses de thé
Tout le monde s'en fiche à l'unanimité

En dépit de ces souvenirs qu'on commémor'
Des flammes qu'on ranime aux monuments aux Morts
Des vainqueurs, des vaincus, des autres et de vous
Révérence parler, tout le monde s'en fout

La vie, comme dit l'autre, a repris tous ses droits
Elles ne font plus beaucoup d'ombre, vos deux croix
Et, petit à petit, vous voilà devenus
L'Arc de Triomphe en moins, des soldats inconnus

Maintenant, j'en suis sûr, chers malheureux tontons
Vous, l'ami des Tommies, vous, l'ami des Teutons
Si vous aviez vécu, si vous étiez ici
C'est vous qui chanteriez la chanson que voici

Chanteriez, en trinquant ensemble à vos santés
Qu'il est fou de perdre la vie pour des idées
Des idées comme ça, qui viennent et qui font
Trois petits tours, trois petits morts, et puis s'en vont

Qu'aucune idée sur terre est digne d'un trépas
Qu'il faut laisser ce rôle à ceux qui n'en ont pas
Que prendre, sur-le-champ, l'ennemi comme il vient
C'est de la bouillie pour les chats et pour les chiens

Qu'au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi
Mieux vaut attendre un peu qu'on le change en ami
Mieux vaut tourner sept fois sa crosse dans la main
Mieux vaut toujours remettre une salve à demain

Que les seuls généraux qu'on doit suivre aux talons
Ce sont les généraux des p'tits soldats de plomb
Ainsi, chanteriez-vous tous les deux en suivant
Malbrough qui va-t-en guerre au pays des enfants

O vous, qui prenez aujourd'hui la clé des cieux
Vous, les heureux coquins qui, ce soir, verrez Dieu
Quand vous rencontrerez mes deux oncles, là-bas
Offrez-leur de ma part ces "Ne m'oubliez pas"

Ces deux myosotis fleuris dans mon jardin
Un p'tit forget me not pour mon oncle Martin
Un p'tit vergiss mein nicht pour mon oncle Gaston
Pauvre ami des Tommies, pauvre ami des Teutons...







Par jean-marie - Communauté : la médiathèque des amis - Publié dans : poèmes des autres
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Commentaires

"Le mal triomphe par l'inaction des gens de bien" Edmund BURKE...à méditer ;-)
Commentaire n°1 posté par QG le 29/10/2009 à 11h43
remarquable, cette citation !
oui, il y a vraiment de quoi méditer...
gros bisou
jean-marie
Réponse de jean-marie le 30/10/2009 à 14h22
bonjour Jean-Marie, je rentre de vacances et je m'aperçois que mon texte a été séléctionné ici http://www.le-hangar.com/ pour un concours d'écriture, je n'aime pas trop solliciter les gens mais si tu pouvais aller faire un tout et voter, non pas forcément pour le mien mais si tu l'aimes, pourquoi pas!
bises et merci
Je reviens te lire dès ce soir mais là j'ai du monde à la maison
j'ai bien pensé à toi en passant à Lunel
Commentaire n°2 posté par Azalais le 21/06/2009 à 08h06
bonjour, ma bien chère Azalaïs,
il est magnifique ton poème !
tu l'avais déjà publié chez toi, il me semble...
il est plein de riches trouvailles
j'adore ta façon de bousculer les mots !
bien sûr que je vais voter pour toi !
mais je suis allé sur le Hangar et je ne sais pas comment faire...
help !
excuse-moi, ça y est, j'ai trouvé et j'ai voté pour toi, évidemment
non seulement parce que c'est toi, ma bien chère Aza,  mais surtout, surtout parce qu'il me plaît énormément ton texte
je t'embrasse très amicalement, ma chère Aza
bien à toi
jean-marie
Réponse de jean-marie le 21/06/2009 à 09h01
Bonsoir Jean-Marie,
J'ai écouté, j'ai lu. Je connais tous ces textes et ces auteurs. Il manque Boris Vian pour compléter le trio de ce thème. Il m'a été agréable de me rebaigner dans ces chansons que l'on aurait tendance, malheureusement, à oublier. Amitiés. Pierre.
Commentaire n°3 posté par Pierre le 17/06/2009 à 20h35
bonjour, cher Pierre...
excuse-moi de ne pas t'avoir répondu plus tôt
mais chez moi, ces temps-ci ce n'est pas la grande forme...
merci pour ton commentaire...
j'adore moi aussi Boris Vian
je l'ai célébré si souvent par ailleurs...
bonne journée
amicalement à toi
jean-marie
Réponse de jean-marie le 19/06/2009 à 08h30
Oups, mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, me suis trompé de Fanon. Là c'est Maurice alors que le raciste antiblanc, c'est Frantz.
Commentaire n°4 posté par Enzo le 12/06/2009 à 12h35
pas grave, Enzo...
j'apprécie beucoup que tu aies pris la peine de rectifier
je sais que Maurice Fanon était assez engagé plutôt à gauche mais c'était un poète qui avait du souffle (il est mort en 1991, je crois)
je te remercie pour le poème que tu m'as envoyé
il est très beau
je n'ai pas encore réagi parce qu'il mérite autre chose qu'une simple première lecture...
amicalement
jean-marie
Réponse de jean-marie le 12/06/2009 à 13h39
Fanon ayant appelé à l'extermination des Blancs, il peut rester là où il est...

Quant à Brassens, homme très courageux, il a évoqué dans "entre la rue Didot et la rue de Vanvres"  les deux Gestapistes qui, découvrant qu'il était musicien, ne l'ont pas déporté en Allemagne

Sinon, une petite chanson du Docteur Merlin qui dénonce les crimes Alliés en 39-45 : 

D'Allemagne

 (Paroles et musique : docteur Merlin)


Pour votre pays divisé

Pour 50 ans de barbelés

Pardonnez-nous, pardonnez-nous

Pour un passé éradiqué

Pour l'avenir marchandisé

Pardonnez-nous, pardonnez-nous


Refrain : Pour faire l'Europe de demain

Ce soir il faut tendre la main

On est tous frères européens

D'un côté de l'autre du Rhin


Pour ces milliers de prisonniers

La mort de faim préméditée

Pardonnez-nous, pardonnez-nous

Pour toutes les femmes violées

Pour une histoire réinventée

Pardonnez-nous, pardonnez-nous


Pour Dresde en feu, gosses brûlés

Femmes et vieillards carbonisés

Pardonnez-nous, pardonnez-nous

Pour les mensonges colportés

Un peuple au banc des accusés

Pardonnez-nous, pardonnez-nous


Pour la jeunesse sans passé

Pour Nietzsche ridiculisé

Pardonnez-nous, pardonnez-nous

Pour les sacrifices oubliés

Pour toutes ces croix en sol gelé

Pardonnez-nous, pardonnez-nous


Nous aussi on en a bavé

Bien des repas ont sauté

On doit maintenant se pardonner

Car sur les Champs voir défiler

Le vert-de-gris c'était pas gai

On doit maintenant se pardonner


Et pour le dernier prisonnier

80 ans, assassiné

Pardonnez-nous, pardonnez-nous

 

Commentaire n°5 posté par Enzo le 12/06/2009 à 11h05
C'est vrai que cette chanson est de trop comme "mourir pour des idées"...on sait bien qu'il était au STO, la résistance ce n'était pas son truc.
Chacun ses errances, ses erreurs, ses naufrages... ça ne m'empêche pas d'adorer Brassens, l'homme et les chansons.
Merci pour "la pette juive", magnifique.
Commentaire n°6 posté par polly le 16/08/2008 à 07h21
bonjour,ma chère Polly...
très heureux de ta visite et de ton comm
rentrée de vacances ?
là, je fais un aller retour à Marseille et je reviendrai ce soir
répondre à tes comms et faire un tour chez toi
bises amicales
bien à toi
jean-marie
Post scriptum
on peut pardonner à Brassens ce qui parfois ne nous plaît guère mais comme tu dis il est l'homme de ses chansons et il est unique et irremplaçable
quant à Fanon, il est injustement oublié
bisous
jean-marie
Réponse de Lambert Palis (jean-marie) le 16/08/2008 à 10h12

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