La traversée de la passion
Jean M. Malouriès
petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours...
Rien de bien nouveau, pas la peine d'en parler, surtout pendant les vacances. Mais des fois, vous avez le bourdon, ça pique, ça gratte, il faut que ça sorte.
Après les réjouissances et les festins, la dépression post prendiale...
On peut crier avec le général mutilé Milan Astray "Viva la Muerte !".
Nos demi- fous de 68 ont attribué ce cri aux anarchistes russes de Kropotkine ou ukrainiens de Makhno...
La politique qui déraille,
La mort exaltée.
Peut-on flatter une religion qui élève le massacre des adversaires ou simplement des indifférents au rang de vertu théologale ?
Peut-on admettre que les noms des responsables du génocide vendéen soient encore gravés sur les piliers de l'Arc de Triomphe de l'Etoile ?
Peut-on admettre qu'un
dignitaire syndical de la police prône "l'éradication" de ceux d'en face ?
Théocratie,
Ploutocratie,
Démocratie ?
Entre les mains des politiques,
La mort n'est qu'un jeu.
**********
Roberto, mon ami...
D'après une dépêche de l'AFP de Milan le 12/12/2006 : La Scala de Milan a décidé lundi soir de se passer de la voix du ténor Français Roberto Alagna pour ses prochaines
représentations d'Aïda, après sa sortie fracassante dimanche en plein récital à cause de sifflets de spectateurs... "Le comportement
de Roberto Alagna a provoqué une déchirure définitive entre l'artiste et le public, que la Scala n'a aucune possibilité de réparer" a indiqué le Français Stéphane Lissner,
directeur général et artistique de la Scala... Roberto Alagna a expliqué avoir quitté la scène à cause d'un "public hostile" qui l'avait sifflé avant
même qu'il ne commence à chanter... "J'avais été très bon, dommage pour ceux qui ne l'ont pas compris, la Scala ressemble à une arène..."
La soirée inaugurale du jeudi précédent avait été un triomphe pour cette pièce avec treize minutes d'applaudissements.
Arène et mise à mort...
Réglement de comptes franco-français et complicités internationales ? La mesquine mafia des intellos, des esthètes de pacotille ?
J'aborde aujourd'hui un domaine qui me fut très longtemps totalement étranger, l'Opéra. Je vais être franc, ce genre de "spectacle" me foutait des boutons... Je n'étais pas
loin de penser avec l'humoriste (?) que l'opéra "c'était bien, surtout quand la grosse dame avait fini de crier"... Pour moi, "Carmen" n'était qu'une lamentable espagnolade.
Barbare, Béotien...
Et puis... mon fils a épousé une choriste mezzo-soprano du Capitole de Toulouse... Pour éviter tout drame familial, j'ai dû renoncer à ces
plaisanteries fort douteuses.
Je ne suis pas têtu, j'ai essayé, j'ai apprécié, pas tout, bien sûr ni tout de suite mais, petit à petit, j'ai compris que la voix humaine était en fait comparable au son
d'un instrument de musique. Le plus beau peut-être... Riche, exceptionnel. Peu importe l'histoire, le récit, peu importe le physique de l'interprète, seul compte le talent.
Peu importe l'histoire ? pas tout à fait : l'idéal, c'est un peu comme en poésie, quand les rimes, le rythme et l'idée atteignent (ou
approchent) l'accord parfait.
J'ai avancé. De "générales" au Capitole en Festivals d'Orange, (sous le regard du divin César-Auguste, les "Chorégies" ), spectateur assis sur les
pierres en un lieu où ont vibré ces Romains que j'admire.
Je ne peux vibrer moi-même devant une oeuvre, je n'aime une forme d'art que si un lien personnel, aussi ténu soit-il m'y rattache.
Et puis... j'ai "rencontré" Alagna
Puis un autre Alagna...
Que lui reprochent aujourd'hui les gardiens du temple, ces snobinards qui veulent réserver à eux seuls le droit de revisiter les Tables de la Loi ?
Les vieux Toulousains, amateurs éclairés, se permettaient parfois des mouvements d'humeur. Spontanés, bien sûr. Rien de semblable à la Scala...
Roberto a commis un crime, pire qu'un crime, un sacrilège. Roberto est allé voir ailleurs...
En l'honneur de Luis Mariano et de Francis Lopez, il s'est commis avec Jean Réno, avec Elie Semoun, avec Arielle Dombasle *. Il s'est commis avec des gens qui ne sont pas du même sérail. Il s'est
fourvoyé auprès d'un public populaire.
Et par la même occasion, et c'est impardonnable, il s'est fait du fric. Lui, l'ex"petit-jeune-démuni-des-banlieues". Il a conquis la seule gloire qui importe, celle des petites gens, il a osé dire merde aux prétendues élites...
Moi j'aime.
J'ai redécouvert le Mariano de ma jeunesse (en mieux, peut-être...), le Mariano de "Violettes Impériales".
Ma nostalgie... A l'époque, j'étais amoureux d'une fillette (nous étions du même âge, rassurez-vous...) qui ressemblait (?) à l'actrice Simone Valère (à
l'écran l'impératrice Eugénie).
C'est ridicule, de mauvais gôut ?
Moi j'aime.
En face des cons qui méprisent André Rieu
Des cons qui avaient pareillement rejeté le "concert des trois ténors" **
Qui crachent sur tout ce qui ne vient pas de leur esprit tordu
Qui se méfient toujours de ce qui vient du coeur
Qui n'ont pas de coeur
Je maintiens
Je reste un Barbare
Je reste un Béotien.
* CD "Roberto Alagna chante Luis Mariano" (Deutsche Grammophon)
** Placido Domingo, José Carreras, Luciano Pavarotti - 1994
**********
1 Saynètes
scènes de la vie scolaire
(conte fantas(ti)que)
pièce en quatre actes,
un ballet
et une moralité...
Décors :
- nous sommes dans un Lycée-Collège du Midi, en France, au printemps (un printemps très avancé, comme les idées de la plupart des protagonistes), le Lycée François-Ferdinand Lariflette.
- dans une salle de classe puis dans la cour, cour au milieu de laquelle s'élève la statue très moderne et quelque peu abstraite (héritage du fameux 10 % artistique...) du grand politicien éponyme (ministre fugace de la culture ou de l'agriculture sous la IIIème République)
- quelques arbres rabougris, des érables du Canada pour la couleur locale...
- somptueux portail en simili fer forgé (s'il est impossible de trouver un tel accessoire dans les réserves du théâtre, on pourra s'en passer)
Personnages (and tze castingue) :
(les rôles seront attribués ultérieurement)M. Louar, professeur de philosophie marxienne (tendance Groucho), jeune, chevelu et barbu
M.Frappied, professeur de sport de compétition (toujours en "activité" bien qu'ayant dépassé l'âge de la retraite, souffre en (presque) silence des maux de son âge, véritable héros de la pédagogie appliquée, aux yeux de ses collègues. Grosse tache violette à gauche (naturellement) de son survêtement : le ruban des palmes académiques)
M. Sical, professeur d'on ne sait trop quoi, la cinquantaine, chauve, barbu, représentant syndical. Doit certainement ses surnoms de "gros cul" ou "fessu " au sigle de son organisation (F.S.U.)
Mme Virgo professeur(e), représentant le syndicat "minoritaire"
M. Loubu, chef d'établissement, ci-devant professeur de travaux éducatifs ("éduquons, éduquons" est sa devise). Ce poste est son bâton de maréchal
Mme Loubu, son épouse, (presque aussi barbue que le jeune professeur), gestionnaire
M. Maidépaz, adjoint au chef d'établissement, ex-prof de SMS, agrégé en langues régionales (option occitano-verlan)
Mme Ducollette, Conseillère Principale d'Education, maigre, l'air sévère
M. Surgès, Conseiller Principal d'Education, âgé, volumineux, nez rougeoyant, yeux larmoyants
divers profs, agents de service, surveillants,élèves de tous les sexes, de toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les couleurs (celles qu'ils font voir souvent aux enseignants)
Acte I
scène unique
en classe, beaucoup de bruit mais pas plus que d'habitude...
les élèvesM'sieu, m'sieu, on peut aller à la manif en ville c'te aprèm ?
M.Louar
Quelle manifestation ?
premier élève
ben, la manif contre Ducolette, la CPE
(un ton plus bas) m'a foutu une colle c'te con
M. Louar, souriant
allons, allons, un peu de respect...
deuxième élève
c'est pas la CPE mais le CPE
premier élève
cassez pas les pieds avec le père Surgès, i picole mais i nous emmerde pas...
troisième élèvel'est complètement givré, ce mec, i comprend jamais rien, c'est pas contre ceux-là de CPE, c'est contre la loi que le gouvernement i veut que les patrons i foutent tous les ouvriers dehors
M. Louar
du calme, du calme... Mais bien sûr, mes enfants, allez manifester ! c'est votre devoir de citoyen ou de futur citoyen...
les élèves, se précipitant vers la porte
merci m'sieu, zêtes chouette
rideau
Acte II
scène 1
début d'après-midi
la cour de récréation, presque vide
M. Frappied
M. LouarM. Frappied
T'as pas d'élèves ?
M. Louar
non, ils sont allés à la manif...
M. Frappied
y en avait aucun au gymnase, je crois que je vais aller faire un tour en ville
M.Louar
je pense que t'as pas le droit...
M. Frappied
c'est le bordel, alors, tu sais...
M. Louar
ouais mais il faudrait pas qu'on croit qu'on est grévistes...
M. Frappied
t'as raison, c'est pas le moment, j'ai besoin de fric.
Les deux ensemble, rigolards
on n'a pas d'élèves
on est pas grévistes
on sera payés
Acte II
scène 2
même endroit
les mêmes plus M. Sicalles deux, toujours rigolards
salut, gros cul... ça va ?
M. Sical
vous n'allez pas à la manif ?
M. Louar
on peut pas, on est en service...
M. Sical
c'est facile, ça ! vous croyez pas qu'il faudrait penser à aider un peu les jeunes...
M. Frappied
et comment ?
M. Sical
il faut se mettre en grève
Les deux, plus du tout rigolards
Tu crois ??
M. Sical
ouais, c'est notre devoir.
demain matin, assemblée générale, vous viendrez, je compte sur vous... Salut, faut que j'y aille...
les deux, restés seuls et plutôt abattusquel emmerdeur !
M. Louar
l'est chiant, le collègue... m'en vais me foutre en maladie
M. Frappied
Moi aussi, je vais leur planter huit jours en attendant que ça se tasse...
les deux ensemble, un peu rassurés
Heureusement que nous sommes fonctionnaires !
Acte III
scène unique
"récréation" de 16 heures
salle des professeurs
une quinzaine de présents
brouhaha
fuméeM. Sical frappant dans ses mains
un peu de silence s'il vous plaît
calme relatif
je ne vous retiendrai pas longtemps, je vous demande de venir à l'assemblée générale à 9 heures, demain en salle de réunion... je mets une affiche sur le panneau syndical... nous discuterons du mouvement...
un profet discuter de quoi ?
M. Sical
de notre action pour apporter un soutien aux élèves
un autre profqu'est-ce que tu proposes ?
M. Sical
la grève !
réactions diverses...le professeur catalogué "à droite"
tu trouves qu'il y a pas assez de merde comme ça...
M. Sical
toi, ta gueule, on sait de quel côté tu es...
entrée de l'adjoint au chef d'établissement
M. Maidépaz
mesdames messieurs, il y a des élèves dans la cour...
M. Sicalvous, vous n'avez rien à foutre ici, on collabore pas avec l'administration !
rires, M. Maidépaz s'en va, penaud
une jeune professeur(e)tu as tort de lui parler comme ça, c'est lui qui fait nos emplois du temps...
un prof
qui va la décider cette grève ?
M. Sical et Mme Virgo ensembleon votera
le prof "de droite"
à bulletin secrets ?
Mme Virgo
non à main levée, comme ça on verra ceux qui se dégonflent...
les gens se lèvent et se dirigent vers la cour
discussions animés en petits groupes
l'enthousiasme n'a pas l'air d'être au rendez-vous
Mme Virgo, M. Sical ensembleà demain !
rideau
Acte IV
scène 1
17-18 heures cour de récréation au pied de la statue de l'Illustrele chef d'établissement, sa femme, son adjoint 5 ou 6 membres du personnel dont MM Louar et Frappied, Mme Virgo, M. Sical
M. Loubu
Je vous ai demandé d'attendre un peu avec moi car j'ai eu un coup de téléphone assez inquiétant émanant de la mairie. Il y a eu des incidents au cours de la manifestation et après... il semblerait que certains de nos élèves y soient impliqués... beaucoup, à vrai dire...
M. Maidépaz
que s'est-il passé ?
M. Louarj'espère que c'est important, je vais rentrer chez moi, je suis très fatigué
M. Frappiedoui, moi aussi, je veux pas faire d'heures supp...
M. Loubuquelques vitrines brisées, le rayon alcool du monoprisu et un magasin de tapis pillés
tous ensembleun magasin de tapis ! pourvu qu'il ne soit pas à un pauvre Africain...
on entend des cris, des rires, des chants...
M. Loubunous allons savoir, je crois que les élèves reviennent
tout le monde se dirige vers le monumental portail et la petite troupe s'arrête soudain, figée devant une vision d'apocalypse
scène 2
les mêmes plus une trentaine d'élèves
ces jeunes ont l'air complètement ivres (certains ont des bouteilles qu'ils portent de temps en temps à leur bouche)
les garçons ont sur la tête un bonnet phrygien (sorti on ne sait d'où) .Les filles n'ont pas eu droit à cette distinction et certaines se sont coiffées de leur culotte. Elles s'avancent, jupes relevées, ventres à l'air, foufounes triomphantes... Quelques garçons en profitent pour gentiment "se polir le chinois", comme dit la chanson qu'ils viennent d'essayer d'entonner avec des succès divers...
M. Loubumais vous êtes fous ! qu'est-ce que c'est que cette tenue ? c'est inadmissible...
un élève, bouche pâteuse, diction hésitante...ben, c'est la gloire... la liberté, on... a gagné... i l'ont dans le cul...
M. Maidépazvous êtes ivres, qu'avez vous fait ?
allez vous rhabiller et rentrez chez vous...
un autre élèvetoi tu la boucles...
on a piqué de la bibine, on est passé chez Saint-Macloud * et on a fumé la moquette...
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M. Sicalon n'a pas encore tout à fait gagné et nous devons rester dignes,
gais mais dignes,
le combat républicain l'exige
mes chers enfants, comportez vous en bon citoyens ![ à partir de ce moment et jusqu'à la fin de la pièce, l'éclairage de la scène prend peu à peu les caractères de la Lumière Républicaine, qui, comme on le sait, est plus riche en rayons verts et rouges que la simple Lumière Terrestre...]
[ le metteur en scène, bourré comme les élèves, a relu "Knock"... pardon, pardon, ô mânes du grand Romain(s) ! ]
scène 3
Mme Virgo, émoustillée...Je les comprends, ces chers petits...
elle s'adresse à un élève,
passe-moi un joint...
je vais chercher la chaîne à la documentation et on va danser !
tous les adultes, gagnés par l'ambiance festiveBallet
oui ! oui !
dansons,
buvons,
fumons,
faisons l'amour !ils se prennent par la main et la joyeuse farandole s'élance...
vers où ? nul ne les a jamais revus...
et comme Thyl Ulenspiegel, nul ne sait où ils chantèrent leur dernier chant...
apothéose digne de l'Antique
ils sont entrés tout droit dans la légende,
la geste des héros, geste des (demi) dieux
scène 4
le récitant, moralisant
c'est depuis ce jour-là que l'on dit :
Paresseux comme un Louar
Bête comme ses (Frap)pied(s)
Con comme une Manif de gaucherideau
[avertissement de l'auteur : je crois fermement à l'immortalité de cette bouffonnerie mais pas à celle du CPE...
pour la postérité lointaine je précise que C.P.E. veut dire Contrat Première Embauche, un essai pour tenter de réduire le chômage des jeunes mais après bien des manipulations politico-syndicales...]
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**********
.
2 Mort des poètes
Sacrilège,
Federico Garcia Lorca et Robert Brasillach !
ensemble !
beaucoup ne pardonneront pas un tel rapprochement,
ni d'un côté ni de l'autre...
Difficile d'imaginer opposition plus grande, dans la vie, dans les idées, dans la mort...
Dans la mort ?
Et pourtant
ils sont aussi tous deuxdes poètes qu'on assassine*...
"Et ceux que l'on mène au poteau
Dans le petit matin glacé,
Au front la pâleur des cachots,
Au coeur le dernier chant d'Orphée,
Tu leur tends la main sans un mot,
O mon frère au col dégrafé..."
Poèmes de Fresnes
Robert Brasillach
**********
"Prairie mortelle de lunes
et de sang sous la terre
Prairie de vieux sang.
Lumière d'hier et de demain.
Ciel mortel d'herbe.
Lumière et nuit de sable.
J'ai rencontré la mort.
Prairie mortelle de terre.
Une mort petite."
Federico Garcia Lorca
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"Mon pays m'a fait mal par ses fosses creusées
Par ses fusils levés à l'épaule des frères,
Et par ceux qui comptaient dans leurs mains méprisées
Le prix des reniements au plus juste salaire.
Mon pays m'a fait mal par ses fables d'esclave,
Par ses bourreaux d'hier et par ceux d'aujourd'hui,
Mon pays m'a fait mal par le sang qui le lave,
Mon pays me fait mal. Quand sera-t-il guéri ?"
Robert Brasillach
Poèmes de Fresnes
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« Ce n’est pas possible ! Lâches !
Qui ordonne dans cette Espagne
de telles vilenies ?
Quel crime ai-je commis ?
Pourquoi me tuez-vous ?
Où est la raison de la justice ? »
Federico Garcia Lorca
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Bijoux
Je n'ai jamais eu de bijoux,
Ni bagues, ni chaînes aux poignets,
Ce sont choses mal vues chez nous
Mais on m'a mis la chaîne aux pieds.
On dit que ce n'est pas viril,
Les bijoux sont faits pour les filles
Aujourd'hui comment se fait-il
Qu'on m'a mis la chaîne aux chevilles ?
II faut connaître toutes choses,
Être curieux du nouveau
Étrange est l'habit qu'on m'impose
Et bizarre le double anneau.
Le mur est froid, la soupe est maigre,
Mais je marche, ma foi, très fier,
Tout résonnant comme un roi nègre,
Paré de ses bijoux de fer.
Robert Brasillach
Poèmes de Fresnes
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El Crimen fué en Granada
On le vit marchant entre des fusils
Par une longue rue
Qui donnait sur la campagne froide
de l'aube, encore sous les étoiles.
Ils tuèrent Federico
Alors que pointait la lumière.
Le peloton de bourreaux
N'osa pas le regarder au visage.
Tous fermèrent les yeux ;
Ils prièrent...Dieu lui-même ne te sauverait pas...
Federico tomba mort
du sang sur le front, du plomb dans les entrailles -
... C'est à Grenade que le crime eut lieu,
Vous savez - pauvre Grenade ! - dans sa Grenade !On les vit s'éloigner...
Taillez, amis,
Dans la pierre et le rêve, à l'Alhambra,
Une tombe au poète,
Sur une fontaine, où l'eau pleure,
et, éternellement dise :
Le crime eut lieu à Grenade ... dans sa Grenade !Antonio Machado
* un vers de Jean Ferrat
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Ecritures
3 le Blog et le Livre
Je rédige un blog... Il y a quelques mois j'ignorais (je voulais ignorer) presque tout de cette "mode" et puis, je me suis laissé prendre au jeu. Je voulais un site pour écrire un livre. Il y a plusieurs décennies (eh oui...) que j'accumule des écrits mais la paresse, le peu de goût pour les formalités m'ont amené au "prêt-à-porter" (services compris).
Amis, il n'y a rien de péjoratif là-dedans...
Mais ce n'est pour moi qu'un fantôme électronique. Il n'y a de vrai que le Papier.
J'aime les livres, Le Livre (pas obligatoirement ni exclusivement la Bible...), tous les livres, parce qu'ils sont "oeuvres de chair" (alors que je n'aime pas tous les blogs ni tous les sites...), je veux essayer de faire de mon "travail" quelque chose qui s'en rapproche le plus possible.
Un livre, ça se feuillette...
On lit un petit résumé sur la jaquette, un aperçu de la vie et de l'oeuvre de l'auteur.
On ouvre... on lit la préface, les annexes, les dédicaces, les titres des chapitres...
On lit la première page. C'est, bien souvent cette première page qui m'incite à aller plus loin, qui me laisse entrevoir mon futur plaisir...
C'est en partie pour cela que j'ai entrepris la création d'un "index", une "table des matières", "un sommaire"... peu importe le terme. Je veux qu'on puisse feuilleter, choisir, s'arrêter, repartir...
Un livre, ça se déguste.C'est long, c'est fastidieux, je m'y prends certainement très mal... En serai-je un jour satisfait ? oui, peut-être un peu...
Si ça fonctionne...
L'important, c'est le texte mais quand je visite de magnifiques blogs (ou sites), je me dis que ma prochaine étape devrait consister en un gros effort sur la présentation... Je ne veux pas d'un livre d'images mais... je vais y réfléchir.
Je dois reconnaître que l'ouvrage "informatique" présente un important avantage : il est vivant puisque perfectible à l'infini... On peut modifier, corriger comme on veut, quand on veut. Un livre ? il faut attendre la prochaine réédition...Je n'en démords tout de même pas, aucun écran ne remplacera jamais le livre.
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4
Vous avez dit "poésie" ?
J'ai promis de revenir à mes premières amours, le rêve, la poésie. Depuis le début de mes activités sur ce site, je le souhaite vraiment... Mais il y a toujours une actualité qui me dirige vers des chemins de traverse et je m'y perds...
Je ne prétends pas écrire des poèmes, ce n'est pas à moi de qualifier mes écrits... J'estime avoir le droit de dire ce que je pense du travail d'écriture... Je ne veux surtout pas donner de leçon. C'est une sorte de mise à jour, de mise au point. Ce sont des réflexions à usage personnel... je ne sais si elles peuvent présenter un intérêt pour les autres...
Quelqu'un a déjà pris, il y a fort longtemps, le titre "Art poétique". On trouve chez cet auteur du temps de Louis XIV, Nicolas Boileau, des idées fortes, des sentences qui sont devenues paroles d'évangile, et des conseils...
"Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément
...
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez."
C'est magnifiquement dit mais... la poésie ?*
Les définitions trouvées dans les encyclopédies ou les dictionnaires récents ne me paraissent guère satisfaisantes.
Beaucoup s'appuient essentiellement sur la notion d'écriture en vers.
Deux ouvrages vont au-delà et parlent d'alliance entre "la musique des mots et leur sens", d'évocation des "sensations",des "émotions par un emploi particulier de la langue, l'union intense des sons, des rythmes, des harmonies, des images..."La musique des mots ?
"La fille de Minos et de Pasiphaé"
Ce vers de Racine dans "Phèdre" passe pour un des plus beaux alexandrins de la littérature française. La musique est certes splendide, mais est-elle autre chose ?
Est-ce la "musique de l'âme" dont parle Voltaire ?"Certains se font de la poésie une idée si vague qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie" (Paul Valéry)
Cette Poésie qui n'est pas encore au rendez-vous...
[Je viens de relire ces quelques lignes et j'ai l'impression de rajeunir : ça ressemble beaucoup (trop) à un devoir de première...
Tant pis...
Je persiste et je signe.]
Je rencontre bien des pensées émouvantes que je ne peux résister au plaisir de noter.
[Puissent-elles m'aider, comme le fait le précieux ouvrage de Claude Gagnière ("Le bouquin des citations")]...
Puissent-elles faire avancer ma recherche...
"La poésie est le plus court chemin d'une sensibilité à une autre" (André Beucler)
"La poésie, art suprême et complet
Peinture qui se meut et musique qui pense"
(Lamartine)
Le grand secret est-il là ? dans cette alliance entre le son des mots et leur sens, et le sens fourni par leur rapprochement ? Par lequel de ces éléments commencer ? L'un doit-il dominer ?
Le travail d'écriture, un travail acharné permet-il d'aboutir ?
"Si je suis poète par la grâce de Dieu, ou du Diable, je le suis aussi par la grâce de la technique et de l'effort." (Federico Garcia Lorca)
mais attention, "La seule ambition de faire un poème suffit à le tuer" (Henri Michaux).
Voilà, ils ont tout dit... que me reste-t-il ?
Il reste la réflexion sur ce que j'écris, sur mon propre travail...
Qu'y a-t-il à l'origine d'un poème ? une idée, un mot, un son, quelques notes de musique, un air de chanson, une impression, un rêve...
Je crois me souvenir de quelques "explications" de Paul Valéry à propos de la genèse du "Cimetière marin", combinaison de divers éléments : exposition prolongée au soleil de midi, sur le flanc d'une colline face à la mer, au milieu de blancs mausolées, paysage digne de la rome païenne, vertiges d'insolation, bruit d'un mince filet d'eau tombant goutte à goutte et lui donnant le rythme décasyllabique.Où ai-je vu, lu, entendu cela ? L'ai-je imaginé ? Est-ce bien de Valéry lui-même ? Peu importe, c'est une possiblité et cela me suffit...
Et les mots venant se ranger dans ce cadre...Ces mots d'où viennent-ils ? C'est toute la "culture" de l'individu qui les fait jaillir du fond oublié d'une mémoire inconnue.
[Est-ce "l'état de grâce", "l'inspiration" ? Suis-je en train d'enfoncer des portes ouvertes ?]C'est ainsi que j'ai conçu, me semble-t-il, bien des pièces de Présentation, d'Incantations, de Rémission-Dormition. Ce sont les seules dont je sois à peu près satisfait... celles où l'on peut trouver quelque chose qu'il faudrait peut-être appeler poésie. J'aime les mots mais celui-ci me fait peur, poésie...
Tout ce qui trop "voulu", pensé systématiquement n'est que littérature, exercice de style, amusette ou pamphlet plus ou moins rimé ou rythmé, poème de circonstance...Mon tiroir Imprécations en est plein mais on en trouve ailleurs (retraite sans flambeau, détournement matutinal, épithalames...)
Je ne renie rien puisque j'ai le rôle du conteur, même si c'est en vers...
Par contre j'aime assez certains morceaux, (peut-être parce qu'ils sont venus sans volonté préalable, sans calcul...) : en résumé 3 (impossible de trouver un véritable titre), le chevalier du lac, le suicide Vallot, Toulouse... Je suis satisfait de La bouvine, de Farandole païenne, de Séides, de Saluts... D'autres aussi qui viennent de mon adolescence et dont j'ai oublié ce qui a présidé à leur création et leurs idées me laissent souvent perplexe...
Doute et perplexité, confusion et sérénité...
Je n'ai surtout pas l'intention de rédiger une nouvelle anthologie mais, pour en rester à une période relativement proche, voici ce que j'apprécie : El Desdichado, les quatre premiers vers de la Grande Chartreuse de Sully Prudhomme, les poèmes de Mallarmé, de Paul Valéry... mais il y a aussi "Ce que dit la bouche d'ombre" de Hugo et son Gwinplaine de "L'homme qui rit" car je sais que l'on rencontre aussi la poésie dans des romans, dans leurs personnages, des pièces de théâtre, Miguel Mañara de Milosz, les oeuvres de Louis-Ferdinand Céline, de Boris Vian, de Philippe Djian, de Marcel Aymé...
Bien sûr, la liste n'est pas exhaustive... Il y a l'immensité de la littérature d'autres temps, d'autres lieux...
Et dans la nature la poésie barbare, comme dans l'approche de la fin...Adieu
**********5
Psychanalyse et marxisme,
simples réflexions sans prétention mais fort provocatrices d'un béotien (à propos d’une émission remarquable de France 2 - tout peut arriver même du bon dans la télé d‘Etat : "Savoir Plus Santé - la fin d'un scandale ?" du samedi 17 juin sur l'autisme et ses traitements) et les à-côtés personnels, les coups de pied dans toutes les fourmilières...Sartre *, le chouchou bigleux des intellos, qui n'en était pas à une connerie près (il a même eu de mitterrandesques funérailles quasi-nationales, mais ça il ne l'a pas fait exprès...) avait dit, à peu près, que tout ce que la psychanalyse gagnait, elle l'enlevait au marxisme... Avait-il envisagé le résultat possible d'une alliance occasionnelle de ce que beaucoup considèrent comme deux des grandes escroqueries de notre époque ?
Il y a de nombreuses années, la télé nationale avait présenté une série d'émissions du marxiste ou crypto-marxiste Daniel Karlin consacrées à cette terrible maladie des enfants. Cette série mettait en scène les théories du psychanalyste (auto-proclamé, disent aujourd'hui certains) Bruno Bettelheim qui exerçait à Chicago . Un ouvrage de cet auteur prolifique a connu un grand succès en France : la «Psychanalyse des contes de fées"... (Les fées n'ont pas protesté contre le clystère imposé...).
Daniel Karlin, marxiste ou pas ? il ne m'intéresse pas assez pour que je me renseigne plus longuement à son sujet, toujours est-il que le quotidien du PC(F) que je lisais alors attentivement (soyez rassurés, il ne m'en reste pas grand-chose, ce n'est pas contagieux et on a découvert depuis des remèdes efficaces contre ce genre d'aberration, l'Histoire s'en est chargée...), ce journal, donc, a porté son oeuvre aux nues...
Bettelheim passait pour le grand maître du traitement de l'autisme... Jusqu'à ce que, il y a assez longtemps aux Etats-Unis, moins chez nous, des chercheurs sérieux mettent en évidence l'aspect génétique du problème. Exit l'interprétation psychanalytique, exit Bettelheim pour bien des scientifiques... Bettelheim se suicida en 1990 pour des raisons restées assez obscures.
Aujourd'hui on recherche les anomalies génétiques, on entreprend de rééduquer certaines zones du cerveau des enfants atteints (aux EU par des méthodes comportementales, en France, à Tours en particulier, par des actions différentes), zones perturbées découvertes grâce à l'imagerie électronique. On envisage même, la possibilité, à plus long terme, d'avoir recours à la pharmacothérapie...
Alors ? simple querelle d'écoles ? Non. Avec la théorie et les pratiques des psychothérapeutes de la tendance Bettelheim une véritable idéologie épaulée par une publicité tapageuse a culpabilisé, déchiré des milliers, des dizaines de milliers de mères, puisque, d'après ces apprentis sorciers c'était la mère qui était responsable des troubles. On lui arrachait l'enfant… pour des résultats improbables…
Cela ne ressemblerait-il pas assez à un crime contre l'humanité, la vraie, pas celle du PC(F) pour que le TPI de sinistre mémoire ait à en connaître ? Ne rêvons, pas les partisans des doctrines totalitaires de tous ordres sont encore puissants…
J'aime les livres destructeurs de mythes...
Le livre noir du communisme (éditions Laffont )
Le livre noir de la psychanalyse ( collectif sous la direction de Catherine Meyer )
"Bruno Bettelheim ou la fabrication d’un mythe" (Richard Pollak - éd. Les empêcheurs de penser en rond, 2003)
Et dans un domaine différent mais toujours d'actualité, ô combien : "La rage et l'orgueil" d'Oriana Fallaci (éditions Plon)
* l'individu et le philosophe sont pour moi pareillement détestables mais il faut, malgré tout, être reconnaissant pour "Les mains sales"
Comme Miguel de Unamuno, on peut s'indigner de "ce cri morbide et dénué de sens" : "Un infirme qui n'a pas la grandeur d'âme d'un Cervantès recherche habituellement son soulagement dans les
mutilations qu'il peut faire subir autour de lui"...
La vie exaltée ?
Indignation sincère ?
Peu après de Unamuno en est mort...
Ou littérature...
Peu importe le camp.
Il y a la mort élégante et poétique,
la mort héroïque.
Il y a la mort habituelle, horrible dans sa banalité.
Il y a la mort politique, la mort pour et par la politique.
On en discute, on se dispute.
Ici on souhaite la mort d'un dictateur, là, on célèbre joyeusement la mort d'un autre. On dit "bon débarras" quand on apprend le décès d'un escroc à la charité publique...
On discute de l'âge avant lequel un foetus peut être éliminé...
S'il n'y a pas assez de la mort des hommes, on vous parle de la mort des bêtes. Elle est aussi valeur marchande... La mort vendue, imbécile, par les saltimbanques de corrida,
pour les spectateurs enfiévrés, la mort vendue, cruelle, pour enrichir les fabricants de fourrures et parer les inconscientes fortunées, pour la science, pour la médecine, pour les fabricants de
crèmes de beauté, pour la beauté, pour la bouffe...
On dissèque vif, on écorche vif...
Les Romains et leurs jeux du cirque étaient de petits artisans...
Nos techniques et nos arts de la communication savent être les industries de la peur et de la mort au service de la politique.
Le jeu de la mort à la une en toute confusion...
Depuis quelques semaines j'évite de me "pencher sur l'actualité"...
Saturation, besoin de repos.
Et puis elle vous rattrape et elle n'est pas plus réjouissante qu'il n'y a guère.
Ces titres d'aujourd'hui ou d'hier, hier très proche...
Tué pour un quad
Tué pour avoir promené son chien sans laisse
Une infirmière à domicile tuée par un patient
Un "dictateur" condamné à mort...
Faut-il introduire l'abolition de la peine de mort dans la constitution...
Un SDF mort dans la rue
Les membres d'une même famille meurent intoxiqués par les émanations d'un appareil de chauffage défectueux
Quatre jeunes tués par un chauffard ivre
Le "dictateur" a été pendu ce matin...
Quel mélange incongru de meurtres, d'accidents, de non-assistance, d'affaires d'Etat...
La mort donnée, la mort reçue, la mort évitée, ça fait toujours vendre du papier.
Rêvons, si nous le pouvons...
Walt Whitman
Feuilles d'herbe
H.P. Lovecraft
The ancient
track
Rainer-Maria Rilke
Solitude
Omar Kayyam
Rubayat