La traversée de la passion
Jean M. Malouriès
petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours...
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1 Danse forcée
Trois fois chat
Puisque tu aimes les chats.
Qui te piquent.
Quand tu fais
Ce qu’il ne faut pas dire
A eux
Et à d’autres…On trime
Le bagne…
Mais quand on doit…
Comme quand
On fait ce qu’il ne faut pas dire ;
Trois chats
Que l’on aime.
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2 Jeux (la bouvine)
La bête noire
Aux cornes parées de glands
Garde la mémoire
Des grands papillons blancs
Ils vont venir à elle…
Elle les poursuivra.
Ils l’agacent à tire-d’aile
Mais pas un ne la blessera.Ils sautent la barricade
Quand ils ont pris l’ornement.
Elle se bat pour la manade...
Papillons, la gloire et l'argent.La fête est belle,
Pas de sang,
Le plus souvent.
La bête, que risque-t-elle?
Les papillons l’accident…Mais toujours la fête est belle.
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3
Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent…
Paul Valéry – Le cimetière marin
Farandole païenne
(essai pour une fable érotico-onirique)
Le bateau poussé par la tempête
s’est brisé sur les rochers
au-dessus des débris
apparaissent les têtes
de quelques survivants
treize jeunes filles et sept gars
tous à peu près du même âge
La marée leur permet
de regagner la côte
le petit matin les surprend
incrédules, tremblants de peur
de froid car ils sont peu vêtus
des restes de la nuit
courtes chemises pour les filles
maillots pour les garçons
certains portant chandails
et pantalons marins,
déchirés lamentables
l’un d’eux a sauvé un carabine
l’autre a pris une épée
Dans le soleil tout change soudain
ils ne ressentent plus le froid
mystérieusement le froid
et la peur disparaissent
la joie d’être vivants
ils ne sont plus eux-mêmes
ils ont dans la tête
une musique entraînante
qui accompagne le soleil
dans sa course
ils se prennent par la main
et la chaîne s’élance
ils murmurent ils chantent
évohé Isis évohé
Le passé le présent se confondent
ils sont aujourd’hui et hier et demain
il n’y a plus de compte des jours
Ils dansent en avançant
ils ne quittent pas le bord de mer
ils veulent contempler
le tableau changeant
de la fureur qui a failli les engloutir
ils ont oublié ceux qu’ils ont laissés
parmi les planches et les poutres
ils n’ont plus faim ni soif
ont-ils le sentiment de l’immortalité ?
Le temps est aboli
spectacle émouvant
tendre
Qui les voit au crépuscule
croit voir le paradis
et ne voit que sa mort,
et s’éteint peu aprèsCe sont les nouveaux pastoureaux
c’est le grand retour
de la croisade des enfants
moins sanglante
que la précédente
mais leur bonheur sème la mort
la mort sans la terreur
la mort par le bonheur
Tout le jour marche et danse
quand vient la nuit
cachés dans un buisson
dénudés ils s’entassent
la masse recouverte
des modestes haillons
qui subsistent encore
nul mortel ne doit voir
la fête du plaisir
La confusion y règne
mais la loi n’est qu’un mot
jouissance
De la bouche féminine
les lèvres se referment
sur un pénis dressé
avalant goulûment
la sève enfantine
Un autre sexe mâle déverse sa semence
dans un proche vagin
ouvert comme la fleur sucrée
qui attend l’abeille
humide et chaud
L’orgasme ne finit point en un râle sinistre
partout de doux murmures
des doigts légers caressent
lentement
la pointe d’un beau sein.
La langue fait frémir les sens exacerbés
chatouille joliment un clitoris gonflé
La bouche se nourrit des divines liqueurs
Dans cette obscurité complice
n’y aurait-il parfois
des erreurs d’aiguillage ?
la beauté est imberbe
et la douceur la même
Les filles ont parfois la vague
nostalgie de leurs fonctions sacrées
regrettant un instant les menstrues
disparues…
évanescent
feu follet
de la maternité
mais ce n’est qu’un éclair
Qu’arrive-t-il au monde
ce serait simple et beau
retrouver comme eux le paradis perdu
sur la terre ?
dans un ciel
incertain ?
évohé Isis évohé
O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
ibid
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********** 4
" si Dieu décide de détruire, il commence par rendre fou."
EuripideSéides
Autre rêve autre mystère
dans un pays imaginaire
le roi justement craintif
devant la grande misère
le triste sort de sa patrie
veut trouver des mercenaires
dévoués expéditifs
dans sa tête ils bivouaquent
les cosaques
du grand tsar
pas les rouges les bâtards
les faux jetons de staline
il pense aussi dans son noir cafard
à ses juifs à ceux du pape
enfin libérés
tous armés
des très longues carabines
aux vieux truands
et vieilles frappes
devenus chevaliers blancs
mameluks et janissaires
le roi veut des mercenaires
qui savent verser le sang
il est encore hésitant...Dans le vif de la prière
lui vient soudain à l'esprit
peu logique son esprit
il voit un peuple naguère
maudit parmi les bannis
qui tiendra ce rôle bénibien pourvu en privilèges
affranchi de tout sacrilège
il aura droit de voler tuer
aucune miséricorde
l'ennemi de l'autorité
droit de sac et droit de corde
tous les biens on lui accorde
contre la pègre étrangère
étrangère à notre foi
ceux qui haissent nos congénères
ceux qui rejettent la croix
peuple des errants
des errants sans frontière
es-tu prêt à venir au secours des Francs
pour toi fils d'une autre Bohême
dans cette légion que l'on aime
il n'y a ni crime ni châtiment
à toi d'agir promptement
elle te pourchassait la police
elle sera ta complice.
à toi peuple géant
à toi peuple de mille ansQuand finira l'oeuvre guerrière
tu retrouveras de Django
la belle musique altière
la liberté tout de go
le Grand Oeuvre Grande Mère
Mais le roi est imaginaire
la pays n'existe pas
ta foi n'est en rien militaire
on ignore où vont tes pasretour index
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5 Fratricideles deux frères
sont venus
pour défendre
la ville
ils ont fait fuir
les lâches
puis ils se sont battus
joyeusement
entre eux
ils ont détruit
la ville
pierre après pierre
ils se sont espionnés
ils ont massacré
leur famille
ils ont dévoré leur enfantsmais la guerre
entre frères
non celle de jadis
qu'elle est belle qu'elle est pure
elle mène au paradis
elle est parfois si dure
qu'on endure
mille tourments mille soucis
faut-il se dire mes compères
que toute Histoire finit ainsi
dans le feu qui régénère
paraît-il
des bûchers dans le droit fil
il y en a donc qui exagèrent
ce n'est pas simple Kriegspielpeu de place pour le rêve
heureusement il y a la nuit
l'esprit jouit de la trêve
dans la paix morne
qui suit
dans le plus mortel ennui
les demi-dieux que l'on flagorne
ont besoin de nourrir leur corps
et recommence
la sinistre danse
les femmes et les enfants d'abord
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passé décomposé
un enfant vint à passer
dans un habit sombre
il était midi passé
on ne voyait pas son ombrele soleil pourtant brillait
cet enfant cachait un peu sa tête
je crus qu'il me ressemblait
ce n'était pas vraiment sa fêtemalheureux et surtout discret
avec ses yeux de chien malade
je ne sais trop ce qu'il fuyait
mais il semblait dans la panadealors je revis soudain
dans cet enfant pitoyable
mon passé presque misérable
de gosse aux jours incertainsaujourd'hui il vient me hanter
ai-je commis de grosses fautes
sous la honte de mes péchés
je ne vais plus la tête hautece bambin comme un spectre filant
voulait-il me dire ces choses
j'aime bien les revenants
mais lui je l'envoie sur les roses
je ne veux qu'il aille gâtant
le peu de temps
dont encore je disposeretour index
7 Tableau retrouvé
(fond de mémoire)
Le vieux avait des moustaches
Trop grandes.
Celles du chat plus grandes que lui,
En entier.
Sur tous ces poils il y avait des taches.
Et les pieds
Dans le feu
Et les griffes du chat se sont cuits.
Vous n’y êtes pas.
L’aïeul a sauté comme un page,
Dans le tombeau du chat.
Tout s’avançait dans l’âge…retour index
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8 Fausses notes de lecture
Jeune, un jour ...
Je suis heureux d’être un gamma ?
Et l’alpha est heureux d’être un alpha ?
Vivre, cela ?
Et ceux qui lutteront
Et ceux qui tomberont…
Vois ma déchirure
Je te remercie de m’avoir déchiré.
Jeune, un jour, un livre...retour index
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9 Illusions
A l’invité
Qui nous chantait
Le bon vieux temps
Tu as répondu
Le bon vieux temps
N’est pas vingt ans
De nos grand-pères
Il nous a dit
ça me suffit
Car il savait
Cet invité
Qu’en nous parlant
Du bon vieux temps
Il caressait
Du pieux passé
Une chimère
Son bon vieux temps
Tout âge a eu
Le mien le tien
Le nôtre
Celui des autres
Serait ainsi
Entre nos mains
Je ne veux rienretour index
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10 Prétention
En arrière,
Dans le temps ; j’ai parcouru.
Sur un devoir perdu,
La poésie n’est pas la connaissance de la terre.Un voyage insoumis.
Mais sous la voie lactée
Se perd la voie des jeux maudits :
Je n’ai pas vu de caryophyllées.Cette croix si douce au souvenir,
Pour une courbe mal tracée.
Poésie qui nous fuit, mon étoile envolée,
Choisir et je te veux choisir.Mon opium divin,
Qui croira cette adresse !
Je ne dors, je m’abaisse,
A te caresser on s’arrache les mains.
Givre de poux.
Opium existentiellement
Soporifique de nos amours charnelles…retour index
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11 Les cendres
Et ces pointes de fer se croisent sur tes seins,
Tes hanches, la peau nue
Mon corps et ta fraîcheur venue ;
Sur mon corps, tes deux mains.
Bénissons Dieu qu’il t’ait donné des doigts…
Je suis bien,
Près des draps.
De la terre
Est restée sur mes paumes.
Je serre
La pointe de tes seins,
Tu aimes y sentir du froid.
L’être impur que je suis
T’adore
Mais il pense à la mort
Qui nous suit,
Quand il n’aura plus tes mains
Pour renaître.
Et la nouvelle vie…
Le grand vide,
Plus rien…retour index
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12 Gâteries
Chats d’ivoire
Poilus de velours et de fiel
Dans un ciel de lit mon armoire
Des chats dans le cielBêtes de paradis
Choses infernales
D’obsession, de maudit
Défiez la fureur navaleBijoux innocents
De vos yeux calmes
Où brillent les feux de vos sangs
Dévoreurs de cygnes sans leurs palmes…Cheveux aimés
Raison de douceur de luxure
De volupté
Viol d’une âme pure
Tous ces chats nous griffaientretour index
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13 Réflexions amoureuses (sur un entracte de bal)
J’avais envie
De manger des œufs blancs
A la sauce ;
Je n’en ai pas goûté…
Que penser des bossus
Précoces…
Un jour tu me l’as dit.
Demain…
Un banc est un banc.
Non, un banc n’est pas notre destinretour index
**********14 Chasseur
Il me lasse
Eveillé ou dormant
Quand il chasse
D’un arc troublantTantôt lui tantôt moi
Tirons sur cette flèche
Rien ne part bien des fois
Mais on sent des sueurs fraîchesO jeu qu’adoraient nos pères
Pourquoi me poursuis-tu
Toujours espoir perdu
N’y a-t-il donc plus rien à faireChoisis une autre arbalète
Moi je vais dans mon lit
Sur l'oreiller tout blanc j'ai dit
Un jour tu en perdras la tête
Rêvons, si nous le pouvons...
Walt Whitman
Feuilles d'herbe
H.P. Lovecraft
The ancient
track
Rainer-Maria Rilke
Solitude
Omar Kayyam
Rubayat