la vida es un sueño...

petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours...

                                                                                                                           

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   1 Danse forcée


   Trois fois chat
   Puisque tu aimes les chats.
   Qui te piquent.
   Quand tu fais
   Ce qu’il ne faut pas dire
   A eux
   Et à d’autres…


   On trime
   Le bagne…
   Mais quand on doit…
   Comme quand
   On fait ce qu’il ne faut pas dire ;
   Trois chats
   Que l’on aime.



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  2   Jeux (la bouvine)


   L
a bête noire
   Aux cornes parées de glands
   Garde la mémoire
   Des grands papillons blancs


   Ils vont venir à elle…
   Elle les poursuivra.
   Ils l’agacent à tire-d’aile
   Mais pas un ne la blessera.

   Ils sautent la barricade
   Quand ils ont pris l’ornement.
   Elle se bat pour la manade...
   Papillons, la gloire et l'argent.

   La fête est belle,
   Pas de sang,
   Le plus souvent.
   La bête, que risque-t-elle?
   Les papillons l’accident…

   Mais toujours la fête est belle.

 

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 3

 

  
Les cris aigus des filles chatouillées,
   Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
   Le sein charmant qui joue avec le feu,
   Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
   Les derniers dons, les doigts qui les défendent…

                          Paul Valéry – Le cimetière marin

 


   Farandole païenne
   (essai pour une fable érotico-onirique)

  

Le bateau poussé par la tempête
s’est brisé sur les rochers
au-dessus des débris
apparaissent les têtes
de quelques survivants
treize jeunes filles et sept gars
tous à peu près du même âge
La marée leur permet
de regagner la côte
le petit matin les surprend
incrédules, tremblants de peur
de froid car ils sont peu vêtus
des restes de la nuit
courtes chemises pour les filles
maillots pour les garçons
certains portant chandails
et pantalons marins,
déchirés lamentables
l’un d’eux a sauvé un carabine
l’autre a pris une épée
Dans le soleil tout change soudain
ils ne ressentent plus le froid
mystérieusement le froid
et la peur disparaissent
la joie d’être vivants
ils ne sont plus eux-mêmes
ils ont dans la tête
une musique entraînante
qui accompagne le soleil
dans sa course
ils se prennent par la main
et la chaîne s’élance
ils murmurent ils chantent
évohé  Isis évohé
Le passé le présent se confondent
ils sont aujourd’hui et hier et demain
il n’y a plus de compte des jours
Ils dansent en avançant
ils ne quittent pas le bord de mer
ils veulent contempler
le tableau changeant
de la fureur qui a failli les engloutir
ils ont oublié ceux qu’ils ont laissés
parmi les planches et les poutres
ils n’ont plus faim ni soif
ont-ils le sentiment de l’immortalité ?
Le temps est aboli
spectacle émouvant
tendre
Qui les voit au crépuscule
croit voir le paradis
et ne voit que sa mort,
et  s’éteint peu après

Ce sont les nouveaux pastoureaux
c’est le grand retour
de la croisade des enfants
moins sanglante
que la précédente
mais leur bonheur sème la mort
la mort sans la terreur
la mort par le bonheur
Tout le jour marche et danse
quand vient la nuit
cachés dans un buisson
dénudés ils s’entassent
la masse recouverte
des modestes haillons
qui subsistent encore
nul mortel ne doit voir
la fête du plaisir
La confusion y règne
mais la loi n’est qu’un mot
jouissance
De la bouche féminine
les lèvres se referment
sur un pénis dressé
avalant  goulûment
la sève enfantine
Un autre sexe mâle déverse sa semence
dans un proche vagin
ouvert comme la fleur sucrée
qui attend l’abeille
humide et chaud
L’orgasme ne finit point en un râle sinistre
partout de doux murmures 
des doigts légers caressent
lentement
la pointe d’un beau sein.
La langue fait frémir les sens exacerbés
chatouille joliment un clitoris gonflé
La bouche se nourrit des divines liqueurs
Dans cette obscurité complice
n’y aurait-il parfois
des erreurs d’aiguillage ?
la beauté est imberbe
et la douceur la même
Les filles ont parfois la vague
nostalgie de leurs fonctions sacrées
regrettant un instant les menstrues
disparues…
évanescent
feu follet
de la maternité
mais ce n’est qu’un éclair
Qu’arrive-t-il au monde
ce serait simple et beau
retrouver comme eux le paradis perdu
sur la terre ?
dans un ciel
incertain ?

évohé Isis évohé

 

 
   O récompense après une pensée
   Qu’un long regard sur le calme des dieux !
                                                                   ibid
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  4
              
   " si Dieu décide de détruire, il commence par rendre fou."
   Euripide

   Séides

 

Autre rêve autre mystère
dans un pays imaginaire
le roi justement craintif
devant la grande misère
le triste sort de sa patrie
veut trouver des mercenaires
dévoués expéditifs
dans sa tête ils bivouaquent
les cosaques
du grand tsar
pas les rouges les bâtards
les faux jetons de staline
il pense aussi dans son noir cafard
à ses juifs à ceux du pape
enfin libérés 
tous armés
des très longues carabines
aux  vieux truands
et vieilles frappes
devenus chevaliers blancs
mameluks et janissaires
le roi veut des mercenaires
qui savent verser le sang
il est encore hésitant...

Dans le vif de la prière
lui vient soudain à l'esprit
peu logique son esprit
il voit un peuple naguère
maudit parmi les bannis
qui tiendra ce rôle béni

bien pourvu en privilèges
affranchi de tout sacrilège
il aura droit de voler tuer
aucune miséricorde
l'ennemi de l'autorité
droit de sac et droit de corde
tous les biens on lui accorde
contre la pègre étrangère
étrangère à notre foi
ceux qui haissent nos congénères
ceux qui rejettent la croix
peuple des errants
des errants sans frontière
es-tu prêt à venir au secours des Francs
pour toi  fils d'une autre Bohême
dans cette légion que l'on  aime
il n'y a ni crime ni châtiment
à toi d'agir promptement
elle te pourchassait la police
elle sera ta complice.
à toi peuple géant
à toi peuple de mille ans

Quand finira l'oeuvre guerrière
tu retrouveras de Django
la belle musique altière
la liberté tout de go
le Grand Oeuvre Grande Mère
Mais le roi est imaginaire
la pays n'existe pas
ta foi n'est en rien militaire
on ignore où vont tes pas

 

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  5   Fratricide

 

   les deux frères
   sont venus
   pour défendre
   la ville
   ils ont fait fuir
   les lâches
   puis ils se sont battus
   joyeusement
   entre eux
   ils ont détruit
   la ville
   pierre après pierre
   ils se sont espionnés
   ils ont massacré
   leur famille
   ils ont dévoré leur enfants

 

   mais la guerre
   entre frères
   non celle de jadis
   qu'elle est belle qu'elle est pure
   elle mène au paradis
   elle est parfois si dure
   qu'on endure
   mille tourments  mille soucis
   faut-il se dire mes compères
   que toute Histoire finit ainsi
   dans le feu qui régénère
   paraît-il
   des bûchers dans le droit fil
   il y en a donc qui exagèrent
   ce n'est pas simple Kriegspiel

 

   peu de place pour le rêve
   heureusement il  y a la nuit
   l'esprit jouit de la trêve
   dans la paix morne
   qui suit
   dans le plus mortel ennui
   les demi-dieux que l'on flagorne
   ont besoin de nourrir leur corps
   et recommence
   la sinistre danse
   les femmes et les enfants d'abord

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6   

   passé décomposé


   un enfant vint à passer
   dans un habit sombre
   il était midi passé
   on ne voyait pas son ombre

   le soleil pourtant brillait
   cet enfant cachait un peu sa tête
   je crus qu'il me ressemblait
   ce n'était pas vraiment sa fête

   malheureux et surtout discret
   avec ses yeux de chien malade
   je ne sais trop ce qu'il fuyait
   mais il semblait dans la panade

   alors je revis soudain
   dans cet enfant pitoyable
   mon passé presque misérable
   de gosse aux jours incertains

   aujourd'hui il vient me hanter
   ai-je commis de grosses fautes
   sous la honte de mes péchés
   je ne vais plus la tête haute

   ce bambin comme un spectre filant
   voulait-il me dire ces choses
   j'aime bien les revenants
   mais lui je l'envoie sur les roses
   je ne veux qu'il aille gâtant
   le peu de temps
   dont encore je dispose

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   7 Tableau retrouvé
   (fond de mémoire)


   Le vieux avait des moustaches
   Trop grandes.
   Celles du chat plus grandes que lui,
   En entier.
   Sur tous ces poils il y avait des taches.
   Et les pieds
   Dans le feu
   Et les griffes du chat se sont cuits.


   Vous n’y êtes pas.
   L’aïeul a sauté comme un page,
   Dans le tombeau du chat.
   Tout s’avançait dans l’âge…

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   8  Fausses notes de lecture

 

   Jeune, un  jour ...

   Je suis heureux d’être un gamma ?
   Et l’alpha est heureux d’être un alpha ?


   Vivre, cela ?


   Et ceux qui lutteront
   Et ceux qui tomberont…


   Vois ma déchirure
   Je te remercie de m’avoir déchiré.


   Jeune, un  jour, un livre...

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   9   Illusions


   A l’invité
   Qui nous chantait
   Le bon vieux temps
   Tu as répondu
   Le bon vieux temps
   N’est pas vingt ans
   De nos grand-pères
   Il nous a dit
   ça me suffit
   Car il savait
   Cet invité
   Qu’en nous parlant
   Du bon vieux temps
   Il caressait
   Du pieux passé
   Une chimère
   Son bon vieux temps
   Tout âge a eu
   Le mien le tien
   Le nôtre
   Celui des autres
   Serait ainsi
   Entre nos mains
   Je ne veux rien

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   10   Prétention


   En arrière,
   Dans le temps ; j’ai parcouru.
   Sur un devoir perdu,
   La poésie n’est pas la connaissance de la terre.

   Un voyage insoumis.
   Mais sous la voie lactée
   Se perd la voie des jeux maudits :
   Je n’ai pas vu de caryophyllées.

   Cette croix si douce au souvenir,
   Pour une courbe mal tracée.
   Poésie qui nous fuit, mon étoile envolée,
   Choisir et je te veux choisir.

   Mon opium divin,
   Qui croira cette adresse !
   Je ne dors, je m’abaisse,
   A te caresser on s’arrache les mains.
   Givre de poux.
   Opium existentiellement
   Soporifique de nos amours charnelles…

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   11   Les cendres


   Et ces pointes de fer se croisent sur tes seins,
   Tes hanches, la peau nue
   Mon corps et ta fraîcheur venue ;
   Sur mon corps, tes deux mains.


   Bénissons Dieu qu’il t’ait donné des doigts…
   Je suis bien,
   Près des draps.
   De la terre
   Est restée sur mes paumes.
   Je serre
   La pointe de tes seins,
   Tu aimes y sentir du froid.


   L’être impur que je suis
   T’adore
   Mais il pense à la mort
   Qui nous suit,
   Quand il n’aura plus tes mains
   Pour renaître.
   Et la nouvelle vie…
   Le grand vide,
   Plus rien…

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   12  Gâteries

   Chats d’ivoire
   Poilus de velours et de fiel
   Dans un ciel de lit mon armoire
   Des chats dans le ciel

   Bêtes de paradis
   Choses infernales
   D’obsession, de maudit
   Défiez la fureur navale

   Bijoux innocents
   De vos yeux calmes
   Où brillent les feux de vos sangs
   Dévoreurs de cygnes sans leurs palmes…

   Cheveux aimés
   Raison de douceur de luxure
   De volupté
   Viol d’une âme pure
   Tous ces chats nous griffaient

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   13   Réflexions amoureuses   (sur un entracte de bal)


   J’avais envie
   De manger des œufs blancs
   A la sauce ;
   Je n’en ai pas goûté…
   Que penser des bossus
   Précoces…
   Un jour tu me l’as dit.
   Demain…
   Un banc est un banc.
   Non, un banc n’est pas notre destin

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**********                                                                                                                   

   14   Chasseur

   Il me lasse
   Eveillé ou dormant
   Quand il chasse
   D’un arc troublant

   Tantôt lui tantôt moi
   Tirons sur cette flèche
   Rien ne part bien des fois
   Mais on sent des sueurs fraîches

   O jeu qu’adoraient nos pères
   Pourquoi me poursuis-tu
   Toujours espoir perdu
   N’y a-t-il donc plus rien à faire

   Choisis une autre arbalète
   Moi je vais dans mon lit
   Sur l'oreiller tout blanc j'ai dit
   Un jour tu en perdras la tête

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par Jean Malouriès
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