
De retour après une absence...
j'ai la sinistre impression
d'être un peu dans la souffrance
d'être l'objet d'inattention
alors j'ai cherché Apollinaire
son héroïne douce amère...
à peine l'ai-je cherché
le poème j'ai déniché
car il y a des coeurs fidèles
même si mon âme rebelle.
reconnaît qu'elle a péché
je connais mon Apollinaire
je connais sa parole fière
il n'y a en elle rien de vil
Dans la Haute-Rue à Cologne
Elle allait et venait le soir
Offerte à tous en tout mignonne
Puis buvait lasse des trottoirs
Très tard dans les brasseries borgnes
Elle se mettait sur la paille
Pour un maquereau roux et rose
C'était un juif il sentait l'ail
Et l'avait venant de Formose
Tirée d'un bordel de Changaï
Je connais gens de toutes sortes
Ils n'égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs cœurs bougent comme leurs portes
(Alcools)
illustration d'Alain Bonnefoit