Je vois
une foule de foire
le hall immense et froid
et des panneaux étroits
vers cette grande porte
vers les quais
vers des trains toujours bloqués
mais un élan emporte
les gens pressés...
des guichets et les gens entassés
des gens de toute sorte
Je ne suis pas pressé aujourd'hui
Je fuis
dans le fond peu importe
la porte ou le quai B et cette direction
je n'ai pas à choisir une destination
dans ma déroute
tout à l'heure sans doute
j'irai vers un sombre wagon
vers la fin de la route
me jeter sous le train dans un état second ?
je regarde à peine un tableau des horaires
de départ vers des terres
vers des villes jadis qui m'auraient fait rêver
je ne vais nulle part je me laisse crever
de chagrin de misère
et je fuis
aujourd'hui
la peine lourde
et l'ennui
je fuis la haine sourde
qui s'est installée entre nous
me rendant demi-fou
je vois des gens de plus en plus pressés
dès l'aurore harassés
mais je comprends qu'ils ont envie de vivre
de suivre
le chemin tout tracé
malgré la souffrance
malgré la répugnance
et malgré le ciel gris
de la monotonie
soudain je réalise
comme ça sans raison
que la vie est exquise
que l'amour est pardon
et je tourne le dos à la sinistre porte
laissant à l'abandon
toute funeste idée sur le quai toujours plein