Ligne de fuite


en loucedé, je m'esbigne...




depuis mes dix-huit ans j'ai perdu cette ligne...

soixante kilos tout mouillé


d'un mal qui me rongeait c'était peut-être un signe

me disait un voisin rouillé


et quand à dix-neuf ans le conseil me révise

à l'armée je pense échapper


ma détresse visible et ma mine indécise

le médecin n'ont pu tromper


je me vois expédié en régiment de ligne

beau troufion muni d'un calot


aujourd'hui voyez-vous j'ai cet honneur insigne

je suis au club des cent kilos


ma taille était à peine un peu plus que moyenne

et depuis je me suis tassé


silhouette arrondie à la forme bien pleine

avec en plus le dos cassé


finie la ligne droite et l'allure si fière

souvenirs qui vont s'effacer


la ligne de ma vie se fait ainsi la paire

je n'ai plus à me tracasser


riez donc avec moi au lieu de vous en faire

je ne veux pas recommencer


et je m'en vais attendre en pêchant à la ligne

de beaux petits poissons dorés


tout comme un vieux monsieur pas tout à fait indigne

j'arrête donc de pérorer


mais avant de tirer l'ultime révérence

je tiens à me dire honoré


d'avoir mes chers amis fait votre connaissance

point ne vous montrez éplorés


 

 






 (lointaine et pâle imitation des « Iambes » chers à André Chénier)



Iambes (masculin pluriel) : dans la littérature française, pièce de vers satirique d'un caractère acerbe, composée d'un alexandrin et d'un octosyllabe, à rimes croisées (le Littré).


Par jean-marie - Communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture - Publié dans : mes textes en vers
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