
tableau de Jordaens
on en parle beaucoup des vieux de leur faiblesse
pour dire solitude et profonde détresse
on peut toujours les plaindre aussi bien s'en moquer
ou s'attendrir devant la lenteur de leurs gestes
pour les fêtes offrir un modeste bouquet
les flatter simplement en vantant leurs beaux restes...
on passe des années sans vraiment ressentir
autre chose pour eux que ce que l'on éprouve
devant un vague objet qui doit bientôt partir
pour un obscur destin au fond de quelque douve
à l'ombre de cyprès qui savent compatir
d'une croix pour marquer le morne repentir
ils s'enfoncent un jour dans le triste naufrage
ces parents tant aimés que l'on croit éternels
on se reproche enfin tous les oublis cruels
on n'avait pas prévu la sortie du passage
ils perdent la santé et souvent la raison
mais laissent un grand vide en la chère maison
quand du stérile hiver comme a dit le poète
cette dure saison qui frappe notre vie
qui détruit nos passions et calme notre envie
l'ennui s'abat sur nous inclinant notre tête
la grisaille de l'âme affecte nos écrits
et la gorge nouée nous n'avons plus de cris
le jour vient où l'on doit préparer son bagage
on résiste longtemps on ne veut pas savoir
ce que sera vraiment cette fin du voyage
on veut fuir la douleur si l'on a ce pouvoir
entouré de tous ceux qui s'en font un devoir
dans la paix s'en aller vers le dernier mirage