Le Cri d'Edvard Munch - 1893 (détail)




Les trois phobies...



malgré les quolibets ou les soins émouvants

ces cauchemars me hantent et j'en souffre souvent

une sombre araignée qui vient et me chatouille

le dernier précipice et le pas en avant

les planches enfermant ma sinistre dépouille...






Certains de mes lecteurs vont se moquer :

il ne peut rien faire comme les autres, il lui en faut trois à lui tout seul !


La plus ancienne, c'est d'une banalité à pleurer, l'angoisse irraisonnée devant les araignées, instinctive, qui remonte à ma plus lointaine enfance...

Elles ont toujours provoqué chez moi la plus vive répulsion.

Pas n'importe quelle araignée et pas n'importe où... Une belle épeire dans un jardin par exemple ne me gêne guère, pas plus que le ridicule faucheux... Je ne les aime pas, mais la grosse tégénaire noire qui fréquente nos salles de bain et éventuellement nos chambres me répugne profondément !

J'imagine cette saleté courant sur moi et je frissonne...

Une cuisante anecdote est toujours présente dans ma mémoire

Je devais avoir 6 ou 7 ans et nous vivions à la campagne...

La campagne toulousaine... Nos bons gascons  du cru affublaient (et affublent encore) ces bestioles du doux nom de « tataragnes »

Au fond de la vaste cour il y avait une  cabane en planches, une sorte de débarras muni d'une petite fenêtre où j'aimais bien me retirer... Un après-midi, vers quatre heures, je m'y rends, je joue assez longtemps avec divers objets et sentant venir l'obscurité, je me dirige vers la porte... C'est l'horreur : une énorme araignée au milieu du panneau m'interdit le passage. Je n'ose pas pousser cette porte de peur que ce monstre ne me tombe dessus... Je me réfugie dans le coin opposé et je me mets à hurler... Personne ne peut m'entendre depuis la maison ! Je continue à crier. La bête me nargue toujours...

C'est seulement à l'heure du repas que ma mère, inquiète de mon absence, a l'idée de venir jusqu'à la cabane et de me libérer...

Malheureusement elle est accompagnée de ma jeune soeur et d'une mignonne petite voisine que j'aimais bien...

Ma fierté masculine naissante et mon prestige d'aîné en prennent un sacré coup !






Ma deuxième phobie porte le nom savant d'acrophobie...

J'ai été Louveteau puis Scout...

Dans la partie sud du Larzac les possibilités d'escalades  sont nombreuses... Jusqu'à l'âge de 15 ans, je n'avais peur de rien dans ce domaine... Falaises, surplombs, cheminées... rien ne me rebutait et j'ignorais superbement ce que beaucoup de compagnons appelaient le vertige...

Et puis,  j'eus quelques problèmes, dus peut-être à ma passion pour les baignades et les plongées  en rivière ou en mer... Otites à répétitions mal soignées, perforation du tympan et ce fut la fin de mon insouciance, et de mon sens de l'équilibre...

Résultat la vision du vide me paralyse... le monde se met à tourner.

La moindre activité sur une modeste échelle  devient périlleuse !

Et c'est à tel point que je ne peux regarder un film dans lequel les héros s'approchent seulement d'un balcon...  

A la simple idée du vide, je tremble... les muscles de mes mollets bizarrement faiblissent

Je ne sais vraiment s'il y a un rapport quelconque mais pendant des années, la seule idée de voyager en avion me rendait malade...

Ce n'est que tout récemment que j'ai réussi à  vaincre  cette peur mais sans me sentir vraiment à l'aise  dans ces engins...





y a-t-il vraiment une troisième phobie ?

je ne peux supporter l'idée de risquer d'être enterré vivant...

est-ce de la claustrophobie ? ou un simple phantasme... je ne sais car bien sûr je n'ai jamais vécu semblable expérience.



Ce sont délires récurrents

qui font partie de mon existence

 cruels et délicieux tourments

dans la suite des jours d'une rare constance



sculpture de Louise Bourgeois - Musée Guggenheim - Bilbao





Par jean-marie - Publié dans : autres anecdotes de ma vie
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