Nous nous étions rencontrés plusieurs fois dans des surprises-parties. On ne parlait pas encore de surboums, pas davantage de «parties ». Et l'expression « soirée dansante » n'était pas totalement exclue de notre vocabulaire... Non, il n'y a pas un siècle de cela ! Le courant était passé entre nous.
La derniére rencontre nous avait sérieusement rapprochés... Nous n'avions guère permis à d'autres étudiants de venir troubler notre tête-à-tête. Entre deux danses, je me faisais un plaisir d'être son chevalier-servant. Au petit matin, fatigué et un peu ivre, pas seulement d'alcool mais d'un bizarre sentiment, une assurance
plutôtétrangère à mon comportement habituel. On me croyait distant, certains disaient fier et d'autres gommeux... Je n'étais en réalité que timide et je le cachais du mieux possible. Cette assurance nouvelle avait fait de moi, assez piètre danseur, un cavalier convenable tout au long de
la soirée... Nous avions longuement bavardé mais je n'avais en réalité pas appris grand-chose d'elle. La séparation, à mon grand regret fut brève, un baiser, léger sans doute, mais accompagné surtout de la
promesse d'unrendez-vous pour le lendemain, en début d'après-midi au « Borios », un café
tranquille sous les arcades de la place duCapitole... Après le modeste repas (pour 70 très anciens francs !) pris rapidement au « Resto U. » de l'AGET, l'Association
Généraledes Etudiants de Toulouse, je remontai la rue des Lois vers la grande
place... Pas sûr du tout qu'elle vienne... De la rue, je ne pouvais embrasser du regard toute l'enfilade des arcades... Je me disais qu'il était trop tôt... Je prévoyais d'aller m'asseoir un moment à la terrasse de « Mon Caf '», le
point derencontre de beaucoup d'étudiants, d'où je pourrai la voir arriver. En débouchant sur la place, quelle ne fut pas ma surprise de l'apercevoir, installée devant une des quelques
tables que lecafé avait l'autorisation de placer sous les arcades... Elle regardait dans ma direction. Elle m'attendait ! Elle me vit. Elle sourit...