la vida es un sueño...

petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours...

 

 

 

 

 

 

  

          Jeux (la bouvine)


     La bête noire
     Aux cornes parées de glands
     Garde la mémoire
     Des grands papillons blancs

     Ils vont venir à elle…
     Elle les poursuivra.
     Ils l’agacent à tire-d’aile
     Mais pas un ne la blessera.


   Ils sautent la barricade
   Quand ils ont pris l’ornement.
   Elle se bat pour la manade...
   Papillons, la gloire et l'argent.


   La fête est belle,
   Pas de sang,
   Le plus souvent.
   La bête, que risque-t-elle?
   Les papillons l’accident…


   Mais toujours la fête est belle.


**********

   Les cris aigus des filles chatouillées,
   Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
   Le sein charmant qui joue avec le feu,
   Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
   Les derniers dons, les doigts qui les défendent…


                          Paul Valéry – Le cimetière marin

 
   Farandole païenne
   (essai pour une fable érotico-onirique)

 
 
 
Le bateau poussé par la tempête
s’est brisé sur les rochers
au-dessus des débris
apparaissent les têtes
de quelques survivants
treize jeunes filles et sept gars
tous à peu près du même âge
La marée leur permet
de regagner la côte
le petit matin les surprend
incrédules, tremblants de peur
de froid car ils sont peu vêtus
des restes de la nuit
courtes chemises pour les filles
maillots pour les garçons
certains portant chandails
et pantalons marins,
déchirés lamentables
l’un d’eux a sauvé un carabine
l’autre a pris une épée
Dans le soleil tout change soudain
ils ne ressentent plus le froid
mystérieusement le froid
et la peur disparaissent
la joie d’être vivants
ils ne sont plus eux-mêmes
ils ont dans la tête
une musique entraînante
qui accompagne le soleil
dans sa course
ils se prennent par la main
et la chaîne s’élance
ils murmurent ils chantent
évohé  Isis évohé
Le passé le présent se confondent
ils sont aujourd’hui et hier et demain
il n’y a plus de compte des jours
Ils dansent en avançant
ils ne quittent pas le bord de mer
ils veulent contempler
le tableau changeant
de la fureur qui a failli les engloutir
ils ont oublié ceux qu’ils ont laissés
parmi les planches et les poutres
ils n’ont plus faim ni soif
ont-ils le sentiment de l’immortalité ?
Le temps est aboli
spectacle émouvant
tendre
Qui les voit au crépuscule
croit voir le paradis
et ne voit que sa mort,
et  s’éteint peu après
 
Ce sont les nouveaux pastoureaux
c’est le grand retour
de la croisade des enfants
moins sanglante
que la précédente
mais leur bonheur sème la mort
la mort sans la terreur
la mort par le bonheur
Tout le jour marche et danse
quand vient la nuit
cachés dans un buisson
dénudés ils s’entassent
la masse recouverte
des modestes haillons
qui subsistent encore
nul mortel ne doit voir
la fête du plaisir
La confusion y règne
mais la loi n’est qu’un mot
jouissance
De la bouche féminine
les lèvres se referment
sur un pénis dressé
avalant  goulûment
la sève enfantine
Un autre sexe mâle déverse sa semence
dans un proche vagin
ouvert comme la fleur sucrée
qui attend l’abeille
humide et chaud
L’orgasme ne finit point en un râle sinistre
partout de doux murmures 
des doigts légers caressent
lentement
la pointe d’un beau sein.
La langue fait frémir les sens exacerbés
chatouille joliment un clitoris gonflé
La bouche se nourrit des divines liqueurs
Dans cette obscurité complice
n’y aurait-il parfois
des erreurs d’aiguillage ?
la beauté est imberbe
et la douceur la même
Les filles ont parfois la vague
nostalgie de leurs fonctions sacrées
regrettant un instant les menstrues
disparues…
évanescent
feu follet
de la maternité
mais ce n’est qu’un éclair
Qu’arrive-t-il au monde
ce serait simple et beau
retrouver comme eux le paradis perdu
sur la terre ?
dans un ciel
incertain ?

évohé Isis évohé
 
 
   O récompense après une pensée
   Qu’un long regard sur le calme des dieux !
                                                                   ibid

 
 
**********

  " si Dieu décide de détruire, il commence par rendre fou."
   Euripide

   Séides

 
Autre rêve autre mystère
dans un pays imaginaire
le roi justement craintif
devant la grande misère
le triste sort de sa patrie
veut trouver des mercenaires
dévoués expéditifs
dans sa tête ils bivouaquent
les cosaques
du grand tsar
pas les rouges les bâtards
les faux jetons de Staline
il pense aussi dans son noir cafard
à ses juifs à ceux du pape
enfin libérés 
tous armés
des très longues carabines
aux  vieux truands
et vieilles frappes
devenus chevaliers blancs
mameluks et janissaires
le roi veut des mercenaires
qui savent verser le sang
il est encore hésitant...
Dans le vif de la prière
lui vient soudain à l'esprit
peu logique son esprit
il voit un peuple naguère
maudit parmi les bannis
qui tiendra ce rôle béni
 
bien pourvu en privilèges
affranchi de tout sacrilège
il aura droit de voler tuer
aucune miséricorde
l'ennemi de l'autorité
droit de sac et droit de corde
tous les biens on lui accorde
contre la pègre étrangère
étrangère à notre foi
ceux qui haïssent nos congénères
ceux qui rejettent la croix
peuple des errants
des errants sans frontière
es-tu prêt à venir au secours des Francs
pour toi  fils d'une autre Bohême
dans cette légion que l'on  aime
il n'y a ni crime ni châtiment
à toi d'agir promptement
elle te pourchassait la police
elle sera ta complice.
à toi peuple géant
à toi peuple de mille ans
Quand finira l’oeuvre guerrière
tu retrouveras de Django
la belle musique altière
la liberté tout de go
le Grand Oeuvre Grande Mère
Mais le roi est imaginaire
la pays n'existe pas
ta foi n'est en rien militaire
on ignore où vont tes pas
 
 
 
**********
 
  Fratricide
 
   les deux frères
   sont venus
   pour défendre
   la ville
   ils ont fait fuir
   les lâches
   puis ils se sont battus
   joyeusement
   entre eux
   ils ont détruit
   la ville
   pierre après pierre
   ils se sont espionnés
   ils ont massacré
   leur famille
   ils ont dévoré leur enfants
 
   mais la guerre
   entre frères
   non celle de jadis
   qu'elle est belle qu'elle est pure
   elle mène au paradis
   elle est parfois si dure
   qu'on endure
   mille tourments  mille soucis
   faut-il se dire mes compères
   que toute Histoire finit ainsi
   dans le feu qui régénère
   paraît-il
   des bûchers dans le droit fil
   il y en a donc qui exagèrent
   ce n'est pas simple Kriegspiel
 
   peu de place pour le rêve
   heureusement il  y a la nuit
   l'esprit jouit de la trêve
   dans la paix morne
   qui suit
   dans le plus mortel ennui
   les demi-dieux que l'on flagorne
   ont besoin de nourrir leur corps
   et recommence
   la sinistre danse
   les femmes et les enfants d'abord
 
**********
 
  passé décomposé


   un enfant vint à passer
   dans un habit sombre
   il était midi passé
   on ne voyait pas son ombre
   le soleil pourtant brillait
   cet enfant cachait un peu sa tête
   je crus qu'il me ressemblait
   ce n'était pas vraiment sa fête
   malheureux et surtout discret
   avec ses yeux de chien malade
   je ne sais trop ce qu'il fuyait
   mais il semblait dans la panade
   alors je revis soudain
   dans cet enfant pitoyable
   mon passé presque misérable
   de gosse aux jours incertains
   aujourd'hui il vient me hanter
   ai-je commis de grosses fautes
   sous la honte de mes péchés
   je ne vais plus la tête haute
   ce bambin comme un spectre filant
   voulait-il me dire ces choses
   j'aime bien les revenants
   mais lui je l'envoie sur les roses
   je ne veux qu'il aille gâtant
   le peu de temps
   dont encore je dispose


**********
 
Les  cendres 

   Et ces pointes de fer se croisent sur tes seins,
   Tes hanches, la peau nue
   Mon corps et ta fraîcheur venue ;
   Sur mon corps, tes deux mains.

   Bénissons Dieu qu’il t’ait donné des doigts…
   Je suis bien,
   Près des draps.
   De la terre
   Est restée sur mes paumes.
   Je serre
   La pointe de tes seins,
   Tu aimes y sentir du froid.

   L’être impur que je suis
   T’adore
   Mais il pense à la mort
   Qui nous suit,
   Quand il n’aura plus tes mains
   Pour renaître.
   Et la nouvelle vie…
   Le grand vide,
   Plus rien…
 
**********
 
 
Quelques déchirements

L’accident a brisé la vie de la famille.
Le responsable en fut un drogué de vingt ans,
Libre encore aujourd’hui, flirtant sous la charmille,
Le juge a prétendu qu’il était innocent...

Depuis longtemps la mère, en maison de retraite,
S’ennuie à en mourir... Confus ressentiment
Contre les fils, les filles... Parfois, les jours de fête,
Ils vont la voir, gênés... toujours sans leurs enfants...

**********

Autre déchirement  (Voici la moult ancienne et triste complainte... )

 

 

 

 

 


 

 

 

 
  L’image et le fantasme

A la belle inconnue


J'avais écris ce que j'ose appeler un "poème", pour toi.
Il était cru, tendrement érotique mais sage.
Ce poème est à peine plus qu'un jeu.


Mais j'ai eu peur que tu te reconnaisses,
et que tu m'en veuilles de l'avoir publié
sans ta permission.
J'ai eu peur que l'on te reconnaisse
et que tu sois gênée.
J'ai essayé de brouiller les pistes.
J'ai eu peur que tu ne l'apprécies pas.
J'ai eu peur que tu ne comprennes pas
ma démarche...


Je dois reconnaître que j'ai parfois
l'esprit tordu,
de plus en plus...


Je n'ai aucun droit...


Aucun droit sur ta vie privée,
Sur les images que tu choisis de nous montrer,
Sinon celui d'aimer ou de me taire...
Aucun droit sur ton intimité.
Je ne voulais pas te gêner,
te causer le moindre mal,
te faire la moindre peine.

Je n'avais pas l'intention de te salir,
c'était une ode simple à la beauté,
beauté du corps, beauté de l'âme...

Je sais bien que sous le prétexte d'art
on peut tout se permettre.
Mais
L'art,
où commence-t-il,
où finit-il ?


Ce "poème",
C'est la mort dans mon âme que je le déchire.
Je t'en livre des mots,
mais l'essentiel n'y est plus.

Ce n'est plus que la peau morte du serpent,
l'exuvie.


Il n'y a plus la vie...

J'espère qu'un jour je pourrai lui rendre la vie... 
 
 
  ********** 
par Jean M. Malouriès (Lambert Palis)
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