La traversée de la passion
Jean M. Malouriès
petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours...
Le perroquet de l'amiral
L'amiral vient de mourir.
Il laisse à sa veuve éplorée son compagnon favori, Jacquot, un splendide perroquet aux magnifiques couleurs,très affectueux, très bien dressé... sauf en ce qui concerne le langage.
L'amiral n'avait pas été qu'un marin de salon. Il avait longuement bourlingué dans toutes les mers du monde et retenu les jurons les plus divers et les plus percutants. Et son perroquet,
naturellement, était devenu un véritable capitaine Haddock à plumes mais en beaucoup plus grossier...
La veuve connaissait bien ce vilain défaut mais, par respect pour le défunt, elle accepte de garder le volatile. Elle essaie de lui apprendre les bonnes manières, et, ne reculant devant aucun
sacrifice s'adresse à des spécialistes. Peine perdue, l'animal retient bien les mots très savants, parvient à construire de belles phrases à la syntaxe parfaite mais, au milieu d'une conversation
hautement philosophique, il mêle soudain à l'imparfait du subjonctif des observations jadis acquises dans les plus ignobles bordels de l'Asie du sud-est et des autres continents réunis.
Mais la veuve persévérante ne désespère pas et vient le jour où elle pense pouvoir présenter Jacquot à la bonne société du coin.
Elle lance des invitations pour un superbe raout. Elle accueille les invités à l'entrée et en profite pour présenter Jacquot (l'amiral ne l'admettait pas en société...) qui se tient
sagement sur son épaule (épaule douillettement protégée).
Jacquot semble de mauvaise humeur...
Malgré les incitations à s'exprimer il ne concède que quelques "bonjours" très secs
Tout se passe bien jusqu'à l'arrivée de Mme la Baronne... qui fait mine de caresser l'oiseau.
C'est alors le déchaînement absolu.
De sa voix la plus forte, Jacquot se met à hurler
"bas les pattes la rombière, touche pas !
Va te faire foutre ailleurs...
Va baiser ton loufiat... vieille poufiasse... " etc. etc.
Scandale, exclamations diverses, silence gêné, quelques rares rires idiots...
La veuve pas joyeuse du tout confie Jacquot toujours aussi remonté et plein d'invectives au premier larbin venu et essaie tant bien que mal de relancer la fiesta...
Les conversations reprennent tant bien que mal...
La veuve est maintenant obligée de se poser la question : Que faire ? faut-il se débarrasser de l'oiseau ?
Elle s'en ouvre à Mme la Préfète qui cherche à la rassurer.
Elle raconte : "J'ai connu une amie qui se trouvait dans une situation semblable. Rien n'y faisait jusqu'au jour où quelqu'un lui indiqua une méthode salvatrice. Voici, vous allez la trouver
bizarre, elle vaut ce qu'elle vaut mais on m'a garanti un résultat absolument remarquable, une véritable guérison miraculeuse, ensuite le perroquet parle parfaitement et a oublié toutes les
grossièretés
Vous avez bien une machine à laver, à hublot de préférence ? il faut pouvoir surveiller les opérations...
Vous, ou votre bonne, vous préparez une lessive comme pour du linge très fragile, l'eau à 30°, pas de détergent et vous prévoyez un essorage très court et très doux. Vous placez Jacquot
dans le tambour, avec quelques serviettes pour plus de confort, vous fermez et vous lancez la machine..."
La veuve émet quelques réserves, mais nécessité faisant loi, elle décide de passer à l'acte. Jacquot, très étonné se retrouve donc un beau matin dans un situation qu'il n'apprécie guère... les
belles paroles de sa maîtresse ne calment pas son inquiétude...
La machine tourne et Jacquot aussi... La veuve l'aperçoit dans les positions les plus acrobatiques. Au début, il n'a pas l'air très content, il s'agite mais au bout de quelques minutes, il ne
bouge plus. La lessive se termine, la veuve ouvre le hublot et sort le volatile de son lieu de supplice. Elle l'enveloppe dans une serviette sèche, le dépose sur une table et entreprend une
véritable réanimation. Car il n'est pas beau à voir le Jacquot... littéralement, une vulgaire poule mouillée. Sa maîtresse affolée, le cajole et le plaint " mon pauvre Jacquot, qu'est-ce
que t'ai fait ! "
A force de caresses, le perroquet réagit. Il se redresse, s'ébroue, ouvre un oeil, puis l'autre et s'écrie :
" L'enc...é, la tempête ! "
Rêvons, si nous le pouvons...
Walt Whitman
Feuilles d'herbe
H.P. Lovecraft
The ancient
track
Rainer-Maria Rilke
Solitude
Omar Kayyam
Rubayat