la vida es un sueño...

petit roman en vers, parfois... envers et contre tout, toujours...

 

 

1ère partie


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INCANTATIONS

N'importe quoi, n'importe comment...


1   L’Angélus des champs

Un rat puant
Dans une brillante rivière
Gloire à Satan
Dans la prière
De l’enfant
O terre
Paradis noir des diamants
Mère
Des paysans
Mais bientôt faiseuse amère
D’anges blancs…
O terre,
Tu sens le rat dans la prière.
Bêtes et enfants…
Mes frères,
Priez cependant
Pour qu’il n’y ait plus Satan
Dans la rivière.

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2   Marines

 Mer seule
Amers
De veules
Cieux plats.

Des meules
Des fers
De gueules
Impairs.

Jours et chansons
Loin de la mer
Tout est lunaire,
Le vent des folles…

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3   Le suicide Vallot

O mer blanche infinie…
Comme un lit d’hôpital
Où l’amour et le pus se joignent dans le mal,
Le père voit finir le vain fruit de sa vie

Ils sont allés là-haut par d’étranges chemins ;
Comme des anges, noirs de peine.
Partons, a dit le chef, c’est notre jour de veine.
Du sang… ce bras n’a plus de main…

Cherche, corbeau, sur la roche
Ce qu’il reste d’autres oiseaux.
Le vent souffle et s’accroche
Au mont, le plus pur des tombeaux

Un ventre déchiré, les deux lèvres béantes ;
Un rire dans la nuit.
La sirène le hante
Ce lac de lune… sous la lune, nul bruit.

Neige… ô ma reine sauvage
De douceur et de froid ;
Leur âme rôde dans ces parages
De  douleur et d’effroi.

Vertige insoupçonné de ravins et de plaines
Que regarde un esprit.
Fantômes, sombre reine,
Vents fous, soleils pourris.

Pauvres lutins d’opale,
Rien ne brise vos corps.
Dansez dans la rafale…
Vous, mémoires des morts.

 
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4   Toulouse

Par le saint du taureau,
Le brouillard et les briques,
Ville des fleurs et ville d’impudiques,
Tu noyais nos vingt ans au fond de tes canaux.

Le jour quand tout est rose,
J’ai peur de ma paresse,
J’ai peur de mes pensées.

Puis vient le soir, cruelle…
Tu vomis comme nous,
Le matin du passé
Et la nuit à passer..
Ta vie c’est des ruelles
De la gare au marché,
C’est toujours des putains.
Tu t’en fous.

Par les seins, nos cadeaux,
les longs trimards ludiques…
Brille sans cœur, mais filles électriques,
Tu rêvais des chalands et moi de  nos fardeaux...

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 5   Fièvres


Sur cette vitre close
Rejaillit le sapin…
De l’aiguillon malin,
Moite climat des choses…

La sorcière à genoux,
De son ventre et du pouce
A fait crouler ici
Le fanal à deux coups
Dont les flancs adoucis
S’ornaient de cheveux-mousses.

Mais sur la vitre rose
L’ombre du grand sapin
Se noie dans les matins
Des senteurs de nécrose…

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 6   Printemps

Les processions passent
Si longues qu’on n’en voit plus la fin.
Processions, les cailloux s’amassent,
Processions sans lendemain.

Pas un nom n’est loué ;
Il y a des loups qui rôdent,
Procession, vous ne pourrez passer,
Et vous mourrez avec cette ode.

Processions lancinantes,
Chaudes, laides, puantes.
Processions
Du passé.

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 7   Enfantement ou seppuku

 

Lumière inerte ?
Sur un lampadaire noir
La fenêtre n’est pas ouverte
Un frisson d’aise dans le soir

 Triangles et carrés
Nus et plats comme des ventres
D
e bois blancs ou d’acier
Dans la peau tiède quand ils rentrent 
Lumières
Lampadaires ?
Boules et pointes,
tâches sans couleur
Mais qu’appelez-vous votre cœur ?

Banalités féroces
Gluantes ; des serpents
Bêtes, choses dans une fosse
Vos racines font des enfants.

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8   La sainte loi

Mon ami qui travailles le jour,
Que crois-tu vaincre par tes peines ?
Pauvre idiot qui travailles le jour,
Peux-tu dans la vie que tu mènes,
Avec ton corps brisé
Et tes doigts gourds,
Ignorer ton cœur plein de haine ?

 
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9   Chevalier du lac  (bric-à-brac)

Dans la nuit embrasée, loin ma première étoile.
Sur un coursier de fer,
Le chevalier a l’armure de toile
Pour protéger ses chairs.

Les flèches, leur sillage,
L’azur, ne pourront le ternir,
Il est beau ; il me vient tout sanglant du carnage.
O chevalier, je me sens défaillir…

Non. Malgré cet être infâme,
Pourquoi penser qu’il soit mort…
Jamais, jamais aucune femme
Ne me sépara de son corps.

Parmi les bois sacrés et le vert d’Angleterre ;
Les vers noirs et rongeurs
Dans l’aumône des Frères,
Il a refait son cœur.

C’est un poignant hommage
Aux dieux lointains,
Au dieu perdu du Moyen-Age
Que je vois dans ses mains.

O chevalier du soir, que ta quête amoureuse
S’arrête pour toujours.
Je t’en prie ; dans la pâleur brumeuse,
Le fleuve suit son cours.

La Sainte Table ronde
Vit finir ton péché.
Errant dans le si vaste monde,
Mon cœur accueillera ton âme et ton passé !

Et les montagnes bleues et les vitraux de glace
D’un être plein d’émoi,
Chevalier, viens ; non l’oiseau qui passe,
Chevalier viens en moi.

Maisons ; forêts, leurs arbres,
Tous pour chanter en chœur.
Mon ciel n’est plus de marbre,
Chevalier-mon âme, aussi n’ai-je plus peur…                                                                                                                                                

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10   Autres marines


Quais et des soirs…
Pauvres et sombres.
Dans la pénombre,
Bateau qui sombre
De leur raison.

Nuits et trous noirs…
Ciel comme l’onde,
Sol comme ronde
Cafards immondes
D’une saison.

Ports et maisons…
Lumière triste
D’un jour résiste.
Maître sans liste,
Marin qui boit…

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11   Prière dans le piège


Une araignée du soir et vogue la galère.
Prisonniers, maquereaux, poètes, jeunes fous,
Amoureux et danseurs, voleurs, bonnes gens, nous.
Je prierai , mais, si tu venais à moi…

Sombres étiquettes d’un jour ensoleillé,
Il ne faudrait plus rien écrire…

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12   Personne n’a voulu ça…


Un ami de faculté
Qui jouait au parachutiste…
Tout à coup il a chuté,
Sa tête a heurté la piste


Dans la bonne terre inondée de son sang
Ont poussé deux tulipes rares
Ont poussé dans la bagarre
Il nous criait « je ne suis pas mourant ! »


Il n’est pas mort ; ni tout de suite,
Ni même après longtemps.
Sa tête ressemblait à une pomme cuite.


Il jouait au parachutiste,
Cet ami de faculté.
Ne riez pas car ça existe.
Bonsoir…
Et plongeons dans notre oreiller…

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13    Fête foraine

L’homme est le même au XX ème siècle qu’au XII ème, aussi pleutre, aussi lâche… (P.Magnan)
et au XXI ème...
(???)


On s’en sert quand les briquets ne marchent pas.
Vous avez déjà deviné,
J’ai voulu parler des allumettes…


On s’en sert quand les ânes ne volent pas,
Quand les enfants ne rient pas.
Vous avez déjà deviné,
J’ai voulu parler de pigeon-vole
On s’en sert quand plus rien ne va,
Pas au jeu de la roulette…
Quand on est impuissant et las,
Et vicieux et caetera…
Vous avez déjà deviné ?

Je vous parlais du petit nom d’homme

  
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14   La main que j’ai cru voir
O main qui passe et repasse à travers la porte,
Prenant à chaque coup un morceau de mon cœur,
Main sublime de la cohorte,
Mes illusions en fleurs !
Pourquoi resterais-tu ? je ne suis pas trop ivre.
La peur, la volupté,
Le travail sont innés ;
Le temps de vivre un peu… le temps de vivre !

 
La main que j’ai cru voir
Voulait-elle m’aider ou me nuire ?


Te reverrai-je, le temps du bonheur…
Sur le pâle sommeil qui m’emporte,
Poésie, ma sœur,
O main qui passe et repasse à travers la porte ?

 
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15   A l’amie inconnue


Pourquoi le ciel est-il rouge, 
Les arbres noirs ?
La symphonie où rien ne bouge,
Et des yeux qui ne peuvent voir

Poète, prends ton cœur,
Amie pends ton cou à cette corde,
Tue joliment, sans heurt
Ce chat ; il ne faut pas que tu le mordes…

Les cadavres qui dansent
Dans une senteur de mai ;
Les pauvres fous se croient en paix ;
Des cadavres plein ma panse. 

Belle amie qui pleure
Des larmes de mon sang,
J’y noierai ton enfant,
Mère, quand viendra l’heure…                                                                     


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16   Agonie

O Père,  sur une table…
Sur un couteau.
La croix est d’érable
Sans ton manteau.

Il sue du sang aimable,
Du sang est de l’eau.
Sa tête est perméable…
La nausée dans un seau.

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17   Supplication

 Quand on n’aura plus rien,
Nous deux, plus que nous deux,
Un à un bienheureux.
Ni rebelles, ni chien.


Je déteste les chiens…


Plus rien, pas de famille,
De prières, d’amis.
Quand on sera parmi
La vie et les guenilles.


Mon âme se complait à paraître en guenilles…


Je voudrais que ce fût maintenant,
Mais savoir quelque chose.
Tes larmes sur les roses,
Ton amour n’est qu’un temps.

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18   Tradition


Amour
Quand tu n’es rien
J’y vois comme dans un four
Eteint


Une peine,
Le bois s’enflamme.
Dans l’arène,
Envol d’une âme.


Amour
Elle m’appartient
Pour toujours
Mais elle n’est rien


Bleu, larmes.
Jaune…
Monotone.
Soldats sans armes.

  
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19   Graines dans le vent

Tous mes mots sont des mots.
Ce ne sont que des sons,
Certains écorchent l’oreille.
Ce ne sont que des couleurs,
Ce ne sont pas des idées
Ce sont des pierres qui sont des pierres
Mais les pierres,
Même en restant pierres
Forment un chemin.
Forment des barricades.
Elles arment aussi
Les bras des va-nu-pieds.
Ce sont des os
Et les os forment un squelette.
On dira qu’il ne faut point
Trop penser à la mort.
Alors je lui dirai,
Je dirai à on :
Je n’ai rien voulu,
J’ai fait une charpente
Mon père n’était pas maçon.
J’ai seulement constaté.
Car dans moi je les sentais,
Les mots pesaient,
Et j’écrivais…
Surtout des points de suspension.
Je n’ai pas fini la maison.
Jamais ne s’arrêtera.
Jamais plus telle moisson…
                                                                                                                 
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20   Dernière infortune

Attends dans l’ombre des ferrailles.
Attends dans l’eau brune.
Pêche dans la fange.
On ne remonte pas toujours
D’attraper la une
Et le sang à la lune.
Fantasque comme un oursin
Dans une chemisette.
Voleur par petits vents,
Vierge mûre,
Bouteilles étoilées.
Feu d’artifice
Qu’on voit fondre
Un soir.
Alors qu’une pluie
De brouillard
S’amasse
En trésors d’auréoles floues
Autour des cheminées
Des maisons fantômes…                                                                            

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              **********                

21   Pierre tombale

Chien blanc
Et jaune.
Langue
Longue
D’une aune.
Chien
De faim
Et hurlant.

Des ans,
Tout riche.
Il eut sa veine
Quotidienne
De viande
Et de pain à miches.
Ici
Chien.

Ci gît.
De faim
Et hurlant.

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22   Déception


Il est d’une époque révolue,
Sans argent,
Sans nom ronflant,
Il est un pitre à la gueule velue.

Un loup puisque tu fuis.
De noir, son corps deviendra rouge,
De ton sang, qui crie, qui bouge…
Vois-tu son regard qui luit ?                                                                         

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23   Jeux stupides


Les dés à coudre et les dés à jouer
Dans l’univers se promenaient.
L’univers est un coup de dés,
De dés à jouer, il paraît.
Mais alors, les dés à coudre…

 
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24   Morte-saison

Vous partez tous deux,
Le cœur au bout du bras
Et les bras reliés ; et vos pas
Heureux…

Petit garçon dans une étable
Qui lit, écrit, et dur et dur,
Qui frappe sa tête contre un mur,
Qui part dans l’aube aux cent cartables,
Malheureux…

Vous ne savez pas qu’il a un feu
Qui brûle, mais refroidit les pieds.
Vous ne savez de loin qu’il peut vous épier,
Dérision
Pleurer ? ce n'est qu'amour frileux.
Sans raison ?
Il y a ta photo sur la table…


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25  En un vase de métal précieux

Une valeur artistique très grande
Il a, cet enfant du malheur.
Père qui labourez la lande
Que n’avez-vous freiné votre terrible ardeur ?

Il eut bien préféré que tout fût à chacun,
Tous les hommes à chacune.
Vous n’auriez pas alors cette peau que l’alun
Tannerait beaucoup moins que l’air de la lagune.

Fameux trou d’insectes parasites,
Dans la mère et son corps de fer-blanc ;
Mais aujourd’hui plus rien ne le visite.

Je voudrais cependant
O toi, mon bel oiseau qui hésite,
Voir pourrir tes liens d’or entre mes draps sanglants.
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par Jean M Malouriès
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