
Jean-Siméon Chardin (1699-1779), Les bulles de savon (1734)
Je revois le gamin aux efforts ridicules,
muni d’une vraie paille et d’un récipient
plein d’un jus savonneux, rêvant à quelques bulles
rondes et colorées, très haut s’éparpillant
les résultats bien sûr n’étaient jamais brillants
et les bulles crevaient , collées à la surface
du liquide gluant et je perdais la face
devant frères et sœurs moqueurs et souriants
ensuite on inventa la commode machine
il était tard pour moi le jeu fut dépassé.
J’abandonnais la bulle et l’humeur enfantine
puis l’argot militaire m’apprit à la coincer
coincer la bulle on dit, c’est donc se reposer
mais il existe aussi de bulle une autre espèce
pas ce que vous croyez qui concerne la fesse
un papier emballant ce qui peut se casser
je découvris aussi le pontife éminent
dont les seuls mots écrits deviennent une bulle
prenant force de loi pour un peuple fervent
et vénérant ce que le bon Pape stipule
nous enfermons ainsi les mots du cher Tintin
des vieux Pieds Nickelés de Bibi Fricotin
nous en mettons parfois au fond d’une bouteille
pour mieux apprécier le doux jus de la treille
un zéro se transforme, ô potache bâillant,
en un rond clair et net une bulle agressive
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puissiez-vous plus longtemps que mes bulles d’enfant
conserver le bonheur et l’âme combative