
Pour Quichottine et la Petite Fabrique d'Ecriture
ce n’est qu’un conte baroque
où prosodie ne fait point loi
s’il vous
paraît vraiment loufoque
je vous en prie pardonnez-moi
car mon esprit bat la breloque
et dans l'histoire de nos rois
vous montrant de nouveaux chapitres
j'aime bien voir danser les pitres
du destin me moquer parfois
compléter mes pauvres épîtres
dans un grenier bas de plafond
se faufilant sous une poutre
avec peu de lumière en outre
un homme grand
marche à tâtons
et je le suis sur ses talons
notre histoire familière
dit qu'un roi dans l'ancien temps
trouva mort
extraordinaire
se cassant le front les dents
en passant une porte infâme
il faut dire qu'il avait eu chaud
ayant joué
sur le tantôt
à la paume devant sa dame
rougissante qui se pâme
croyant avoir vu le loup
le bon roi avait bu beaucoup
en son ventre
sentant poindre
un désir incandescent
il se pressa d'aller rejoindre
le bel objet de sa
passion
Charles-Quint d'après Le Titien (1490-1576)
à sa plus grande confusion
pour un roi c'est
indécent
d'exposer ainsi sa flamme
devant la foule des courtisans
gens méchants au
fond de l'âme
et le roi fut très imprudent
oubliant de
baisser la tête
un roi ne fait pas courbette
le linteau la lui cassa
c'est ce qu'on dit
couramment
mais dans le grenier notre homme
vient de
trouver de vieux écrits
que je lisais au moment précis
grimoire magique en somme
où le roi passait le
seuil
et du coup il n’y eut pas deuil
puisque le
roi courbant l'échine
courut alors vers sa divine
et lui fit un enfant
sur le champ
futur monarque pacifique
qui régnera
magnifique
plus de cent ans
temps
idyllique
comme ses autres descendants
plus besoin d'altesses guerrières
ni de maîtresses dépensières
guerres de
religion ou révolution
pas de guillotine
Napoléon ou
Joséphine
un vingtième siècle peinard
et pas de bombes
atomiques
de la magie simple bobard
mais des rêves fantastiques
à vous coller le
cafard
"Le rêve" de Puvis de Chavannes (1824-1898)